Femmes au combat

Plusieurs ouvrages retracent les grands épisodes des luttes menées par le mouvement féministe. Sans oublier de dénoncer une domination masculine toujours en place.

Olivier Doubre  • 8 mars 2007 abonné·es

Après les trente ans, en 2005, de la loi Veil légalisant l’avortement, les femmes ­ mais aussi les hommes ­ fêteront cette année les quarante ans de la loi Neuvirth, qui, en 1967, autorisa la contraception. Ces anniversaires expliquent en partie que nombre des publications récentes sur le mouvement féministe ont un caractère historique ou mémoriel. Ainsi, l’émouvant témoignage de l’historienne Yvonne Knibiehler, qui travailla surtout sur les questions relatives à la maternité, longtemps peu traitées par les militantes. C’est là une des originalités de son engagement féministe, que cette intellectuelle de 85 ans n’hésite pas à qualifier d’ « iconoclaste » . On sait en effet combien le MLF, dans le sillage de Simone de Beauvoir, n’a eu de cesse, « pour réagir contre la glorification sempiternelle de la maternité » ravivée pendant le baby-boom, de « refouler à l’arrière-plan » cette question. Or, tout en ayant soutenu les prises de positions du mouvement des femmes dans les années 1960 et 1970, Yvonne Knibiehler demeurait persuadée que la maternité, « qu’on le veuille ou non, resterait un enjeu central » . Cet investissement dans un domaine de recherche délaissé par les féministes lui a d’ailleurs longtemps valu l’étiquette d’« essentialiste » ; c’était pourtant bien mal connaître ses engagements et son travail. Opposée à la loi interdisant le voile à l’école, elle a également soutenu les revendications homosexuelles pour l’égalité des droits. Ainsi, lors d’une conférence où de nombreuses lesbiennes faisaient part de leur désir de procréation, a-t-elle été « édifiée par les scrupules parentaux des participantes » avant d’ajouter : « On leur reproche de priver leur enfant de père […] ; si tous les parents hétérosexuels étaient aussi consciencieux, il n’y aurait pas d’affaire d’Angers » ! Plus largement, le récent engouement pour la maternité, « devenue tendance », lui semble aujourd’hui une confirmation in fine de la justesse de ses convictions.

Autre anniversaire, les cinquante ans du Planning familial (créé en 1956) sont racontés dans un livre mêlant contributions d’historiens et témoignages d’actrices et d’acteurs de ce mouvement, sous la direction de Christine Bard, présidente de l’association Archives du féminisme, et de Janine Mossuz-Lavau. L’ouvrage revient sur le rôle important qu’eut le Planning dans le combat pour l’obtention des droits à la contraception et à l’avortement. En outre, comme le rappelle Michelle Perrot dans sa postface, on voit combien le Planning a élargi son champ d’intervention pour « s’ouvrir aux problématiques du genre : égalité, mixité, voile, homophobie, homosexualité, accueil aux hommes » . Ce qui en fait un « véritable acteur de l’histoire, au coeur de l’événement majeur de notre temps qu’a été la révolution sexuelle »

Parmi les conquêtes des femmes au début du siècle dernier, celle d’un égal accès aux professions dites « de prestige » (avocat, médecin, etc.) fut l’objet de luttes pendant plusieurs décennies contre « des lois tacites, considérées comme naturelles, qui assignaient [les femmes] à certaines places dans l’ordre social » . La politiste Juliette Rennes leur consacre un volumineux ouvrage, reprenant dans chaque domaine le déroulement de ces « histoires de transgressions » . Alors que la Troisième République louait les valeurs méritocratiques, quelques pionnières décidaient de prendre à la lettre des règlements professionnels et universitaires rédigés sans mentionner le sexe du candidat. Ce travail inédit rappelle une fois de plus l’importance du droit positif dans la protection des personnes susceptibles de subir des discriminations.

Pourtant, malgré les avancées dont bénéficient les femmes dans les sociétés démocratiques, la domination masculine est loin d’avoir disparu. Aussi, deux militantes, l’une historienne de la biologie et de la médecine, Ilana Löwy, l’autre sociologue du travail et du genre, Catherine Marry, ont décidé de la « traquer dans ses retranchements les mieux établis » . Pour elles, « l’un des mécanismes les plus récurrents de cette domination » demeure la « légitimation » de l’inégalité entre les sexes par « le renvoi à des différences « naturelles », biologiques ou psychologiques » . À travers un choix de cent mots, les auteures proposent un ouvrage original et combatif. Du terme « accouchement » au mot « violence » en passant par « alcool », « cosmétiques », « réussite scolaire » ou « transsexualité », elles rappellent les luttes victorieuses du mouvement féministe mais dressent aussi la liste des plus urgentes à venir.

Idées
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