Deleuze/Guattari :« un dispositif à l’écoute de leurs différences »

Olivier Doubre  • 20 septembre 2007 abonné·es

Gilles Deleuze et Félix Guattari font connaissance au printemps 1969, dans une proximité immédiate avec Mai 68. Vous écrivez que, pour leur travail en commun, ce mouvement constitue une véritable « rupture instauratrice ». Pourquoi ?

François Dosse : Mai 68 joue en effet un rôle capital dans leur rencontre puisqu'au départ rien ne les destine à cela, chacun appartenant à une galaxie particulière, sans connexion l'une avec l'autre. Pour initier cette collaboration, qui va durer jusqu'au début des années 1990, il faudra à la fois l'événement-rupture qu'est Mai 68, mais aussi un intermédiaire discret, Jean-Pierre Muyard, psychiatre à La Borde (la clinique expérimentale où travaille Guattari), qui a été étudiant à Lyon, où il a découvert les cours de Deleuze. Le travail qui aboutit à l'Anti-‘dipe a d'ailleurs été commencé par Muyard et Deleuze, poursuivi un temps avec Guattari, avant que Muyard ne s'efface. Mais c'est d'abord l'événement Mai 68 qui permet ce que Deleuze et Guattari appelleront un « agencement collectif d'énonciation » . Leur relation intellectuelle se

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