L’homme « sécurisé » : humain, surhumain, transhumain ?

Du 13 septembre au 13 décembre, à Paris, la Fondation sciences citoyennes (FSC) propose une université des savoirs, en sept soirées, pour explorer les scénarios d’une planète vivable en 2030.

Politis  • 4 octobre 2007 abonné·es

« Il n’y a guère, même parmi les économistes bourgeois, un savant sérieux pour nier qu’il soit possible, au moyen des forces actuelles de production, tant matérielles qu’intellectuelles, de supprimer la faim et la misère, et que l’état présent des choses soit dû à l’organisation socio-politique du monde » , jugeait le philosophe Herbert Marcuse [^2].

Malheureusement, le rouleau compresseur techno-scientifique n’aura retenu que la première partie de cette citation, et les discours dans cette veine ont atteint récemment leur apogée lors des tentatives tartuffesques de justifier la nécessaire recherche, l’indispensable développement des OGM, et plus particulièrement des plantes (PGM). Aujourd’hui, devant l’engouement incroyable suscité par la quête de l’infiniment petit, on nous ressert ce même discours, sans vergogne,
afin d’amadouer les futurs financeurs des nanosciences et nanotechnologies, vaste «~foirefouille~» où l’humanité trouvera nécessairement son bonheur tant les domaines d’application sont nombreux.

Biométrie, RFID, NBIC, tant de termes nouveaux dans notre quotidien, dont les conséquences sur le développement ­ démocratique, éthique, social, moral ­ de nos sociétés ne sont actuellement qu’à deviner, mais touchent profondément aux bases de nos démocraties et de notre compréhension de ce qu’est le vivant, la nature, l’homme.

Le cadre proposé par les utopies technoscientifiques est si large qu’il peut rapidement confiner au mirage, s’appuyant sur des visions caricaturales. Cela ne serait pas si inquiétant si les nanotechnologies et la génétique moléculaire ne confisquaient pas de considérables budgets émanant d’États (pourtant) démocratiques, agissant en matière de recherche de façon de plus en plus autoritaire, subordonnant toutes leurs stratégies à la « course économique » en l’absence de réflexion globale et d’études sérieuses sur l’impact de ces innovations sur la vie privée, la santé, l’environnement, la propriété intellectuelle, mais surtout sur le développement démocratique de nos sociétés. Car, en effet, en ces temps du tout-sécuritaire, cet énième tsunami technoscientifique vient à point nommé, alors que les techniques sécuritaires risquent plutôt d’accroître le sentiment d’insécurité. Selon le sociologue Gérard Dubey : « Elles vont se traduire, comme tout processus d’automatisation, par la suppression de médiations sociales ou humaines. »

Mais le gommage des imperfections d’un être vivant conscient et volontaire est une chose, le diagnostic préimplantatoire avec tri des embryons, sorte d’« écrémage conceptionnel », en est une autre. Ce « tamis génétique », comme le décrit le biologiste Jacques Testart, est en passe de fragiliser la frontière ténue entre prévention et eugénisme. L’amélioration des performances humaines étant recherchée (en particulier par l’armée) pour dépasser les conditions imparfaites de l’être humain, le philosophe Jean-Pierre Dupuy dénonce le fait que « l’homme serait dès lors immergé dans un monde artificiel dont il ferait partie et sur lequel il aurait tous les droits » .

Pourtant, comme toute autre vague technologique, ces tentatives de sécuriser le vivant ne pourront compenser le manque de politiques sociales judicieuses et ne résoudront pas les injustices sociales, économiques et politiques.

[^2]: La Fin de l’utopie, 1968, Seuil.

Écologie
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