Aspartame suspect

André Cicolella  • 13 mars 2008 abonné·es

L’aspartame est un édulcorant mis sur le marché au début des années 1980. Deux cents millions de personnes en consomment dans le monde, dans les chewing-gums, les produits light , les médicaments… On peut donc penser que la substance fait l’objet d’investigations approfondies et que toute donnée nouvelle est rapidement évaluée. Pas vraiment… À la fin des années 1990, Ralph Walton, professeur de médecine dans l’Ohio, a analysé la littérature publiée : les 74 études financées par l’industrie, ainsi que les 6 signées par l’Agence fédérale américaine (FDA) en charge de l’homologation, concluent toutes à une absence d’effets sur la santé, alors que les 84 études d’origine universitaire concluent, sans exception, à l’inverse. Walton y voit un rapport avec les conditions étranges qui ont entouré l’agrément donné par la FDA pour les aliments en 1981 et les boissons en 1983. La commission ad hoc avait critiqué la qualité des études fournies par le fabricant Searle et demandé des études complémentaires, mais le commissaire de la FDA avait passé outre. Trois mois après, il démissionnait pour devenir consultant de Searle. Dont le PDG était alors un certain Donald Rumsfeld. Amusant aussi: l’aspartame est devenu un produit Monsanto après le rachat de Searle par la multinationale.

L’affaire aurait pu rebondir le 13 juin 2007 avec la publication par la Fondation Ramazzini, un des centres de toxicologie les plus réputés au monde, d’une étude montrant que des rats exposés dès le stade foetal et jusqu’à la fin de leur vie à des doses de l’ordre des consommations humaines font des excès de leucémies, de lymphomes et même des tumeurs mammaires. La précédente étude de cette fondation sur des rats adultes, en 2006, montrait déjà un excès de leucémies et de lymphomes. L’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) et son homologue européenne avaient mis en doute la validité de ces résultats. Interrogée par le Parisien sur la seconde étude, l’Afssa est devenue plus discrète, et dit attendre l’avis de l’agence européenne, elle aussi silencieuse. Par ailleurs, Ajinomoto ­-40 % du marché mondial de l’aspartame-­ a décerné en janvier 2006 son prix annuel à l’ancien directeur de l’évaluation des risques nutritionnels et sanitaires de l’Afssa (avril 1999 à août 2004), pour ses travaux dans le domaine de la nutrition. Le Quotidien du médecin relatait cette sympathique cérémonie : « Dans un contexte de lutte contre l’obésité et de progression du diabète, la demande mondiale [en aspartame] ne cesse de croître. » Il serait dommage de tuer la poule aux oeufs d’or. Une affaire emblématique, au croisement des épidémies de cancer et d’obésité, qui montre aussi l’urgence d’une loi de protection de l’alerte et de l’expertise, comme acté par le Grenelle de l’environnement.

Écologie
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