Facture d’eau salée

Selon une nouvelle enquête de l’association UFC-Que choisir, un tiers
des sommes réglées par les 4 millions d’usagers au Syndicat des eaux d’Île-de-France ne seraient pas justifiées.

Olivier Vilain  • 25 septembre 2008 abonné·es

La puissante association de consommateurs UFC-Que choisir vient de rendre publique une enquête très détaillée sur la note que règlent les 4 millions d’habitants desservis par le Syndicat des eaux d’Île-de-France (Sedif). Ce dernier est l’organisme de gestion de l’eau le plus important de France, avec 144 communes desservies, principalement du sud des Hauts-de-Seine et du Val-d’Oise, ainsi que de l’ouest du Val-de-Marne et de la Seine-Saint-Denis. Pour l’UFC-Que choisir, la facture est trop salée.
Sur les 700 millions d’euros acquittés chaque année par les ménages franciliens pour leur consommation d’eau, le Sedif représente une dépense de 300 millions d’euros, ou 190 euros par ménage en moyenne. Une facture qui pourrait être réduite d’un tiers selon la nouvelle estimation des coûts de production effectuée par l’association.
En 2006 puis en 2007, l’UFC-Que choisir a mené deux enquêtes sur les tarifs de l’eau pratiqués en France. Dans la plupart des villes, la facture acquittée par les usagers n’avait rien à voir avec les coûts engagés pour la fourniture de ce service. À chaque fois, le Sedif a fait figure de mauvais élève. Ces deux enquêtes ont provoqué de vives contestations de la part des gestionnaires des services d’eau. Ils ont, en effet, pointé du doigt l’absence d’accès direct de l’association à leur comptabilité. Les estimations effectuées reposaient à l’époque sur des enquêtes menées auprès de professionnels et sur des études produites par des organismes publics, notamment la Cour des comptes. Depuis, plusieurs villes ont ouvert leurs livres de comptes à l’association.

Après s’être opposé aux conclusions des enquêtes, le Sedif a rencontré des représentants de l’association le 2 février 2008. André Santini, le président du syndicat intercommunal, et ses adjoints ont puisé des précisions dans la comptabilité du Sedif. Le service des études de l’UFC en a tiré une troisième enquête. Celle-ci a été envoyée, début juin, aux 144 maires et délégués qui siègent au Sedif. Une nouvelle rencontre entre des représentants du Sedif et de l’association a eu lieu le 9 septembre, avant que l’enquête ne soit rendue publique.
Grâce à ces précisions sur les différents postes de dépenses, l’UFC-Que choisir estime avoir affiné ses conclusions. Résultat, « au minimum, plus de 90 millions d’euros peuvent être économisés sur les seules dépenses qui concernent l’activité du présent régisseur » , à savoir la multinationale Veolia. Des économies seraient possibles sur les dépenses affichées en termes de personnels et de travaux : au niveau de la production (5 millions) ; de l’administration (5 millions), tant la masse salariale y semble « démesurée » ; des investissements (10 millions) ; des fonctions dites « transverses » (13 millions), qui comprennent notamment les frais de communication, qualifiés de « véritables marges arrière ».

De même, la rémunération du régisseur correspond à une marge de plus de 12,5 % du chiffre d’affaires. Plutôt élevé pour des recettes garanties sur une « très longue période » . Afin de prendre en compte ce risque commercial proche de zéro, l’association estime que le rendement devrait être ramené entre 5 et 7 %, soit une économie de 18 millions d’euros pour les usagers. Le plus grand écart entre la comptabilité du Sedif et les calculs de l’UFC-Que choisir se situe dans l’entretien du réseau de distribution, un « poste de dépense » de 40 millions d’euros, qui apparaît « surestimé ».
À la lecture du rapport, les vice-présidents du Sedif, membres de l’UMP ou du PS, sont unanimes. « Bien sûr, il y a encore des économies à faire. Mais 90 millions d’euros ! Une telle somme n’a pas pu nous échapper ! » , lancent-ils en chœur. L’un d’eux ajoute même que les contrôles sont nombreux entre « les élus, la chambre régionale de la Cour des comptes et l’organisme qui certifie nos comptes » . L’association précise, dès le départ, que son propos n’est pas de nourrir un quelconque soupçon « de corruption » ou « de toute autre malversation ».

Début septembre, le Sedif a envoyé à tous ses élus un document de 26 pages réfutant l’étude de l’UFC-Que choisir. Philippe Knusmann, le directeur général des services, insiste sur un point : « La gestion d’un réseau n’implique pas seulement d’en réparer les fuites, mais aussi toute une infrastructure de surveillance et d’interventions diverses. » Il regrette : « L’approche de l’association est soit erronée, soit incomplète, alors que nous jouons depuis le début la plus parfaite transparence. Cela n’empêchera pas les productions de l’UFC-Que choisir de devenir la bible des opposants au Sedif. »
L’un d’eux, le sociologue et journaliste Marc Laimé, a étudié de près les arguments en présence. « Le plus frappant, c’est la position très prudente de l’association, qui n’a opéré que des estimations minimales d’économie. » L’UFC-Que choisir a ainsi refusé d’évaluer certains postes de dépenses, comme celui du stockage, jugé « trop aléatoire ». Tandis qu’elle a donné un satisfecit sur la gestion des abonnés.
Pour sa part, François Carlier, le principal auteur du rapport, est très étonné des frais invoqués dans le document du Sedif. « Je n’en trouve pas de trace dans les rapports précédents. » En tout cas, l’enquête de l’association, comme les précédentes, risque de faire des vagues, au moment où le contrat liant le Sedif et Veolia arrive à son terme.

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