Le syndrome de Tricastin

Politis  • 18 septembre 2008 abonné·es

Tricastin, entre Drôme et Vaucluse, joue de vilains tours à l’industrie nucléaire. Le site, le plus dense de France en nombre d’établissements nucléaires, est depuis deux mois le théâtre d’incidents de contamination à répétition, dont certains sont particulièrement préoccupants. Le 9 septembre, c’est dans la centrale EDF que des éléments de combustibles restent accrochés à une structure, en cours de manipulation, obligeant à une manœuvre délicate et quasi inédite. La première alerte de l’été, la plus grave, intervient le 7 juillet à la Socatri. Cette filiale du groupe géant Areva rejette par erreur 74 kg d’uranium dans le canal de Donzère-Mondragon. Le 23 juillet, une centaine de travailleurs sont contaminés par de la poussière radioactive lors d’une opération de maintenance à la centrale EDF. Le 5 août, la Socatri à nouveau reconnaît avoir dépassé, trois semaines plus tôt déjà, son quota annuel de rejets de carbone 14 (radioactif). Pendant cet été animé, d’autres usines proches connaissent des incidents, comme la FBFC (Romans-sur-Isère), autre filiale d’Areva, la Comurhex (Pierrelatte), ou la centrale EDF de Saint-Alban. Une cascade exceptionnelle ? Il semble que non, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) relevant annuellement une petite centaine « d’anomalies » plus ou moins significatives dans les établissements nucléaires. Rien qui approche l’accident grave.

Mais la fuite du 7 juillet a joué comme un révélateur : l’accumulation des minipollutions, à la petite semaine mais pendant des années, ne finirait-elle pas par provoquer de vrais problèmes sanitaires ? Le contrôle de quelques forages locaux par le ministère de l’Écologie a montré qu’ils étaient tous contaminés ! Et que font les autorités ? La Socatri, par exemple, avait été sévèrement rappelée à l’ordre l’an dernier par l’ASN. En vain. Le renvoi du directeur et le déblocage de 20 millions d’euros sont maladroitement présentés par Areva comme la fin des ennuis. Ou le début ? Car toutes ces installations vieillissent, certaines ont près de 50 ans ! Et, tout au long de l’été, Areva a été prise en défaut de rétention d’information ou de manque de transparence. Plus grave, selon les écologistes : l’ASN se montre complice de désinformation, en rassurant à coups de communiqués au lieu de manier la sanction et de montrer qu’elle protège les populations. Le réseau Sortir du nucléaire et France nature environnement, qui ont porté plainte dans l’affaire du 7 juillet, dénoncent la persistance, envers et contre tout, de l’absence d’information et de contrôle indépendant du nucléaire en France.

Écologie
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