« Transformer cette hérédité implacable en histoire à transmettre »

L’historienne Nadine Fresco, chercheuse au Centre de sociologie européenne, offre un regard à la fois sensible et scientifique sur le génocide des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale et le négationnisme.

Olivier Doubre  • 15 janvier 2009 abonné·es

Des juifs internés au camp de Drancy , quelques semaines après la rafle du Vel’d’hiv , en 1942. AFP

Les textes que vous avez rassemblés dans « La Mort des juifs » sont des travaux d’histoire, mais dans une écriture aux accents souvent très personnels. C’est tout particulièrement le cas dans le premier d’entre eux, « Photographies », qui est un texte inédit sur huit clichés de fusillades de juifs en Lettonie en 1941. D’une façon générale, est-ce là un livre d’historienne ou un livre sensible ?

Nadine Fresco : Votre « tout particulièrement » me frappe parce que, dans ce texte de 80 pages, il n’y a pas la moindre mention personnelle avant… les trois lignes par lesquelles il se termine. Plus largement, je ne pense pas qu’il y ait nécessairement une opposition, ni un dilemme, entre un livre d’historien et un livre sensible, pour reprendre vos termes. Je crois avoir travaillé en historienne dans ce premier texte, c’est-à-dire en appliquant les règles de mon métier : la précision, la rigueur, l’analyse et le recoupement des sources, etc. Mais un historien n’est pas une machine qui aurait pour fonction d’enregistrer puis de restituer de manière brute les informations qu’il a recueillies. Il est un être humain qui travaille avec sa sensibilité. Notamment dans le choix de ses sujets de recherche, dans les raisons qui ont présidé à ce choix, dans le sens qu’il donne au fait de transmettre le savoir qu’il a acquis dans tel ou tel domaine. Cette sensibilité intervient aussi dans la façon de concevoir l’écriture. Beaucoup d’historiens pensent que toute

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Idées
Temps de lecture : 8 minutes

Pour aller plus loin…

La « nouvelle France », un débat qui vient de loin
Analyse 29 avril 2026 abonné·es

La « nouvelle France », un débat qui vient de loin

De la pensée révolutionnaire au nouveau slogan des insoumis, l’universalisme français n’a cessé de muter selon les contextes, révélant une contradiction entre tentation hégémonique et volonté d’ouverture.
Par Juliette Heinzlef et Alix Garcia
Annie Thébaud-Mony : « Le travail continue d’empoisonner les plus précaires, en toute impunité »
Entretien 27 avril 2026 abonné·es

Annie Thébaud-Mony : « Le travail continue d’empoisonner les plus précaires, en toute impunité »

En 2012, la sociologue refusait la Légion d’honneur pour dénoncer l’invisibilisation des enjeux de la santé au travail. Quatorze ans plus tard, pour elle, les leçons des précédents scandales sanitaires n’ont pas été tirées. Elle se félicite cependant que les victimes n’hésitent plus à parler.
Par Céline Martelet
Pinar Selek : « La mobilisation des Kurdes a créé d’autres possibles au sein de l’espace turc »
Entretien 22 avril 2026 abonné·es

Pinar Selek : « La mobilisation des Kurdes a créé d’autres possibles au sein de l’espace turc »

La militante féministe et libertaire turque, sociologue à l’université de Nice, raconte sa découverte de la question kurde en Turquie, lutte qui a été pour elle une école d’émancipation individuelle et collective. Et qui lui vaudra incarcération et tortures, avant l’exil en France. Dans son livre Lever la tête, elle témoigne des persécutions subies.
Par Olivier Doubre
« Pourquoi les auteurs ont-ils attendu plusieurs années pour partir de Grasset ? »
Entretien 17 avril 2026 libéré

« Pourquoi les auteurs ont-ils attendu plusieurs années pour partir de Grasset ? »

Fondateur de la maison indépendante et engagée Agone, Thierry Discepolo revient sur l’affaire Grasset et dénonce les effets de la concentration capitalistique dans l’édition.
Par Olivier Doubre