Les États se moquent de la biodiversité

Un rapport des Nations unies montre que la France comme l’Union européenne n’ont pas tenu leurs engagements en faveur des espaces menacés. Un échec lourd de conséquences.

Claude-Marie Vadrot  • 3 juin 2010 abonné·es
Les États se moquent de la biodiversité
© PHOTO : CARLGREN/AFP

Daté du mois de mai, le rapport publié par la Convention sur la diversité biologique, dont le secrétariat est installé à Montréal, n’a pas refroidi les enthou­siasmes convenus de la France, de l’Europe et du reste du monde célébrant l’année de la biodiversité. Il explique pourtant que les 193 pays signataires de cette Convention ont tous « échoué dans l’atteinte de l’objectif de parvenir à une réduction significative du taux de perte de biodiversité » , qui avait été fixé pour 2010. Alors que la première Convention avait été adoptée lors de la conférence sur l’environnement de Rio en 1992 et confirmée lors du dernier sommet environnemental des Nations unies en 2002 à Johannesburg. La réunion prévue pour le 22 septembre à New York tout comme le Sommet de la biodiversité programmé pour le mois d’octobre au Japon confirmeront cet échec, qui ne préoccupe guère les gouvernements bien que les attendus du rapport soient sévères.

« La perte massive de la biodiversité est de plus en plus probable et entraînera avec elle une forte réduction des services essentiels fournis aux sociétés humaines puisque plusieurs “points de basculement” sont sur le point d’être franchis, conduisant les écosystèmes vers des états moins productifs, desquels il pourrait être difficile ou impossible de revenir. » Autrement dit, il faudra payer cher l’indifférence des pouvoirs qui pensent (ou feignent de penser) que la biodiversité, ce sont les fleurs et les petits oiseaux ou les tigres, dont il est de bon ton de déplorer la quasi-disparition à la télévision et dans les discours. Il s’agit, comme tentent régulièrement de le rappeler les naturalistes et l’Union internationale pour la conservation de la nature, de l’avenir de la planète, du bien-être dans de nombreux pays et d’économie. Le rapport détaille quelques exemples :

*« – Le dépérissement de vastes zones de forêt amazonienne en raison de l’interaction entre les changements climatiques, la déforestation et les incendies, avec des conséquences néfastes pour le climat mondial, les précipitations régionales et l’extinction généralisée d’espèces.

– La modification des nombreux lacs d’eau douce et espaces d’eaux intérieures avec l’eutrophisation et la domination des algues provoquées par l’accumulation de nutriments et conduisant à l’asphyxie de nombreux poissons et à la perte des installations consacrées aux loisirs.

– Plusieurs effondrements des écosystèmes de récifs coralliens, en raison de la combinaison de l’acidification des océans, de l’augmentation des températures de l’eau entraînant le blanchissement de coraux, de la surpêche et de la pollution des nutriments, menacent la subsistance de centaines de millions d’individus qui dépendent directement de ces récifs. »*

Conclusion du rapport, dont chacun des mots, pour ne faire de peine à personne, a été soigneusement pesé par les diplomates des Nations unies : « Nous ne pouvons continuer à envisager la dégradation continue de la biodiversité comme un enjeu séparé des préoccupations fondamentales de la société. L’atteinte des objectifs tels que la réduction de la pauvreté et l’amélioration de la santé, de la richesse et de la sécurité des générations présentes et futures sera grandement renforcée si nous donnons enfin à la biodiversité la priorité qu’elle mérite. »

Clairement, le rapport laisse entendre que, si une simple petite partie de l’argent qui a été offert aux banques et aux industriels au nom de la crise économique était consacrée à la biodiversité, on pourrait éviter une grave détérioration des écosystèmes essentiels pour l’avenir de la planète.

Écologie
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