Sauver Sakineh de la lapidation !

En demandant un moratoire contre la peine de mort, la France s’associe sans le dire au combat de Tariq Ramadan. Il y a quelques années, pourtant, la position de ce dernier suscitait des cris d’orfraie.

Denis Sieffert  • 26 août 2010 abonné·es

Plusieurs ONG de défense des droits de l’homme appellent à manifester, ce samedi 28 août, dans cent villes à travers le monde, pour sauver Sakineh Mohammadi-Ashtiani. En France, des rassemblements auront lieu à Paris, Lyon, Toulouse, Narbonne et Besançon. En revanche, c’est peu dire que les grandes puissances ­restent sur une coupable réserve quand il s’agit d’empêcher la lapidation de cette femme de 43 ans, accusée d’adultère et de complicité de meurtre par un tribunal iranien. Les grandes capitales semblent plus désireuses d’exercer leurs pressions sur le régime iranien à propos du dossier nucléaire. Discrètement, la France a tout de même demandé à l’Iran un « moratoire » suspendant toute application de la peine de mort. Il faut évidemment se féliciter de cette prise de position, même si on aimerait qu’elle soit rendue publique avec plus de force et de solennité, et accompagnée de démarches officielles. Mais on se souvient aussi des cris d’orfraie poussés par ceux que l’on appelle les intellectuels médiatiques, dans le sillage de Nicolas Sarkozy, lorsque l’islamologue Tariq Ramadan avait demandé un moratoire contre la lapidation, les châtiments corporels et la peine de mort dans le monde musulman. C’était le 20 novembre 2003, au cours d’un célèbre débat télévisé avec celui qui n’était alors que ministre de l’Intérieur.

Il s’agissait pour Nicolas Sarkozy et ceux qui lui firent écho – Caroline Fourest et Antoine Sfeir en tête – de piéger Tariq Ramadan. Sept ans plus tard, la France vient officiellement, le 16 août, de demander aux autorités iraniennes « d’établir un moratoire général sur les exécutions, en vue d’une abolition à terme de la peine capitale ». Il est vrai qu’il ne s’agit plus cette fois de réaliser un coup médiatique, mais d’arracher in extremis Sakineh Mohammadi-Ashtiani des mains de ses bourreaux. Face à l’urgence, il faut obtenir la suspension de l’exécution et une décision du régime iranien de ne plus appliquer la peine de mort tant qu’une réflexion ne sera pas menée sur les conditions de l’application de la charia dans le monde musulman. Comme il est fort bien dit dans la déclaration de la porte-parole du Quai d’Orsay, Christine Fages, l’objectif est évidemment l’abolition définitive de ces pratiques barbares. En 2003, la démarche de Tariq Ramadan n’était pas différente.

Monde
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