Les industriels pas emballés par le recyclage

Le Grenelle de l’environnement a décidé que 75 % des emballages alimentaires devront être recyclés d’ici à deux ans. Mais les marques ont manœuvré pour minimiser leur contribution à cet effort.

Hélène Huteau  • 25 novembre 2010 abonné·es
Les industriels pas emballés par le recyclage
© Photo : AFP/Mayer

Avec la Semaine européenne de réduction des déchets, qui a débuté le 20 novembre et s’achève le 28, on entend à nouveau le slogan « Réduisons vite nos déchets, ça déborde ! » de la campagne déjà ancienne de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Conseils et recommandations aux consommateurs ­défilent dans les médias pour ce qui représente un enjeu environnemental, sanitaire et financier. « L’élimination des déchets contribue à la pollution des sols, des eaux et de l’air. Elle nécessite des installations de traitement toujours plus importantes, dont le coût financier est répercuté dans le prix des produits que nous achetons et dans les impôts et taxes que nous payons » , rappelle la page d’accueil du site de la campagne.

Plus de 1 300 initiatives visent à faire passer le message et les bonnes idées. Mais quelle meilleure solution que de réduire à la source ? Et la motivation la plus efficace n’est-elle pas de faire payer le recyclage des emballages aux entreprises pour les inciter à les réduire ? Ces cartons, plastiques et verres, dont certains ne sont que supports de marketing superflus, remplissent le tiers des poubelles des ménages, soit 4,7 millions de tonnes par an, dont 2,9 millions sont recyclées (chiffres Ademe).

Le Grenelle avait mis tout le monde d’accord avec l’objectif de 75 % d’emballages recyclés en 2012, contre 63 % aujourd’hui. Ambitieux ! Mais, au moment de mettre au point le budget nécessaire, les industriels se rétractent. Le principe, pour les emballeurs, est de verser leur contribution à l’éco-organisme collecteur, Éco-Emballages, qui finance ensuite une partie des coûts de traitement des déchets assumés par les collectivités. C’est la signification du fameux point vert imprimé sur 95 % des emballages. Depuis dix-huit ans que cette filière est en place, les actionnaires et financeurs d’Éco-Emballages sont péniblement parvenus à porter leur part à 50 % des coûts – le reste étant assumé par les collectivités, et donc par les citoyens contribuables. Mais la loi de Grenelle I prévoit de leur faire faire un bond à « 80 % des coûts nets d’un service de collecte et de tri ­optimisé » .

Le problème, c’est que les industriels et les collectivités n’ont pas les mêmes méthodes de calcul. Les élus demandent aux entreprises de verser 782 millions d’euros quand les industriels en proposent 480. Après plusieurs mois de négociations tendues, le ministère de l’Écologie vient d’arbitrer à 640 millions, faute d’accord entre les parties. François    Dagnaud, adjoint au maire de Paris et président du Syctom (syndicat
en charge du traitement des déchets de l’agglomération parisienne), condamne ce « passage en force et en catimini » du décret fixant la contribution des éco-organismes, donc des industriels. « L’enveloppe […] ne permet une couverture des coûts assumés par les collectivités et leurs contribuables qu’à hauteur de 50 % » , s’étaient plaints l’association d’élus Amorce et le Cercle national du recyclage dans une lettre à l’ex-ministre Jean-Louis Borloo. Et le 17 novembre, dans un communiqué, la Ville de Paris et le Syctom exigeaient « que la ministre de l’Écologie reçoive les élus et leurs associations » . Mais le lobby des industriels pèse d’autant plus lourd dans l’organisation du recyclage que ce sont les dirigeants de Danone et consorts eux-mêmes qui ont créé Éco-Emballages et pilotent l’éco-­organisme aujourd’hui.

Or, les emballeurs tiennent à limiter des frais qui pourraient faire augmenter leurs prix… ou pire : baisser leurs marges ! « Plus le coût du recyclage sera inclus dans le prix d’achat du produit, plus l’industriel est susceptible d’en prendre une partie à sa charge car il ne peut pas augmenter trop ses prix vis-à-vis des distributeurs » , explique Bertrand Bohain, du Cercle national du ­recyclage.

En parvenant à modérer l’augmentation de leurs coûts, les fabricants auront moins de mal à faire passer la facture dans le prix des produits. Mais le consommateur a déjà une grande part de carton et de plastique dans ses frais alimentaires. L’emballage est prétexte à doubler les prix, voire plus : Herta fait payer ses saucisses en boules (Knacki Balls) 15,60 euros le kg avec leur pot ­micro-ondable, contre 6,29 euros les Knacki basiques sous plastique [^2].

Autre exemple : Danone affiche son Actimel 3,80 euros le kg. Clairement, le pot-dosette en plastique pèse plus dans le prix que les 100 g de yaourt à boire. Sensiblement, le même produit chez Yoplait revient entre 2,16 et 2,46 euros le kg dans une bouteille de Yop (850 g). Or, ces innovations marketing chèrement payées ne contiennent pas le coût du traitement du déchet d’emballage. Cela s’explique notamment par le fait que le contribuable en paye une grande partie via la taxe d’enlèvement des ordures ménagères…
Au total, certains élus estiment que le citoyen va se retrouver à payer plus de deux fois le coût réel du recyclage de ce qu’il consomme ! À l’heure où l’on se penche sur le casse-tête de l’affichage environnemental des biens de consommation courante pour 2011 (consommation de CO2, ­dépenses en eau, taux de pollution, etc.), l’information du coût du recyclage de l’emballage est beaucoup plus simple à mettre en place.

Mais les fabricants et distributeurs n’ont pas tous intérêt à cette transparence… Alors que la loi du Grenelle environnement parle de « responsabilité élargie des producteurs » , on passe à la « responsabilité réduite des producteurs » , estime François Dagnaud, adjoint au maire de Paris. Résultat : les collectivités et leurs contribuables vont devoir supporter une grande partie du coût des progrès du recyclage – cet objectif de 75 % en 2012. Ce chiffre pourrait d’ailleurs être remis en cause sur sa pertinence écologique et économique : la collecte sélective a un coût et une empreinte environnementale aussi ! Le défi national aurait gagné, sans équivoque, à être formulé en tonnes d’emballages évitées…

[^2]: Prix relevés dans un magasin Franprix.

Écologie
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