La vraie nature des villes
La nature est devenue un objet de désir pour l’homme contemporain, animal urbain. Comment passe-t-on de son instrumentalisation à son intégration ?, interroge la Cité de l’architecture dans une exposition.
dans l’hebdo N° 1146 Acheter ce numéro

C’est une jungle. Et c’est un leurre, une illusion. Sous la colline du Trocadéro, deux mille plantes luxuriantes se reflètent dans des surfaces sombres et mouvantes comme un plan d’eau à la tombée de la nuit. Un sentier s’enfuit vers des profondeurs végétales tandis que, lorsque le regard remonte le long des lianes, se devinent les voûtes du palais de Chaillot. Vestiges d’un monument de pierre englouti par une nature qui a repris ses droits ? « Non, un pur fantasme , prévient l’architecte paysagiste Nicolas Gilsoul. Les lignes de fuite dessinées au sol invitent à plonger dans la perspective. Le plafond noir bouge légèrement pour mimer le reflet de l’eau. Cette plante, je l’ai tournée de telle sorte que ses feuilles démesurées s’imposent dès que l’on arrive dans l’angle. Et quand on pénètre dans le décor, on découvre aussitôt les câbles de perfusion de cette nature de théâtre qui n’est en rien la reconstruction d’un écosystème mais l’évocation d’un rêve… » Une nature totalement recréée, vivante mais dépendante de lumières artificielles, réelle mais n’existant pas comme telle dans la réalité. Un panneau indique le nom de quelques spécimens sous des schémas, mais on est loin des serres du Jardin des plantes. L’idée est de provoquer une réflexion