Le loup, un bouc émissaire

Une série d’attaques de moutons dans les Vosges attribuées au canidé sauvage relance la polémique, à l’approche d’échéances électorales.

Claude-Marie Vadrot  • 5 mai 2011 abonné·es

Un loup terroriserait les Vosges dans la région de Ventron, entre Mulhouse et Épinal. Bilan : 24 moutons en partie dévorés depuis le début du mois d’avril. Bel appétit pour un loup. Pour l’instant, nul n’en a aperçu la queue. Les spécialistes appelés à la rescousse bottent en touche en expliquant que les brebis ont été tuées… par un canidé. De leur côté, chasseurs et bergers crient au loup. Les experts de l’Office national de la chasse ont « planqué » la nuit et installé des pièges photographiques dans la forêt, veille qui leur a donné une jolie collection de photos de renards, et une belle crotte, qu’ils ont fait congeler. Reste que l’arrivée du loup sur la ligne bleue des Vosges est plausible. Revenues dans le Mercantour en 1992 après avoir clandestinement franchi la frontière avec l’Italie, plusieurs meutes peuplent désormais les Alpes, de Grasse à Annecy. On a repéré des congénères dans le Cantal, dans les Pyrénées-Orientales et le Jura. Le passage du loup vers les Vosges n’est plus qu’une question de temps. Si ce n’est déjà fait.

La rumeur sur cette nouvelle « Bête des Vosges » rappelle celle qui avait semé la panique dans la région au printemps 1977 : une mystérieuse « bête » attaquait moutons, jeunes chevaux et veaux. Deux cents innocentes victimes en six mois ! On déploya gardes forestiers, chasseurs, gendarmes, volontaires, et même un chasseur de fauves africains, pour traquer la bête tandis que les mères tremblaient pour leurs enfants à la sortie des écoles. Les plus folles hypothèses parcouraient alors les anxieuses vallées : un loup venu des Carpates, ou échappé d’un zoo, un lynx réintroduit par des militants écolos, ou l’ombre d’un discret industriel allemand possédant une propriété dans les environs. Une femme assura même avoir reconnu « son Kiki » . Un chien qui, à chaque fois que la dame s’absentait pour rejoindre à Paris son galant, faisait le mur et se vengeait à sa façon de l’abandon… Aujourd’hui encore, l’énigme reste entière.

Cette fois, l’affaire prend une tournure plus politique. Quand se profile une élection importante, les loups constituent de commodes boucs émissaires. Que leurs méfaits soient réels, fantasmés ou inventés par des associations de chasseurs ou d’éleveurs. Dans les Vosges, la mise en cause d’un loup supposé n’échappe pas à cette règle. D’autant plus que le 29 avril s’est terminée la « consultation publique » lancée par le ministère de l’Écologie sur la rédaction d’un nouvel arrêté. Celui-ci donnerait aux préfets le pouvoir « de déclencher une opération de tir de prélèvement sans conditionner sa décision à la mise en œuvre préalable de tirs de défense à proximité des troupeaux » (article 23). Une autorisation de tuer, donc. Pourtant, les loups ne sont pas plus de 200 sur le territoire français, alors que l’Italie en compte 700 et l’Espagne plus de 2 000. En 2010, plus d’un million d’euros d’indemnisation ont été versés aux ­éleveurs à la suite des dégâts, réels ou présumés, occasionnés par le loup, l’ours ou le lynx.

Bête de l’Orléanais, Bête du Vivarais, et bien sûr la célèbre Bête du Gevaudan : ces inquiétantes histoires relevaient du fantasme sur ce diable d’animal que condamnait l’Église, l’assimilant à Satan. Assiste-t-on à la survivance de ces peurs ? Rappelons qu’en 2010 le nombre des moutons dont la mort ou les blessures sont attribuables au loup stagnent autour de 3 000, alors que les chiens errants ou fugueurs en ont blessé ou tué environ 120 000 pour la même période. En rétablissant la peine de mort pour des raisons électorales envers un animal protégé depuis 1979, la France risque d’être poursuivie par Bruxelles. Comme elle l’est pour son échec à protéger le grand hamster d’Alsace, dont le seul crime est d’aimer le chou qui sert à préparer la spécialité locale.

Écologie
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