Et l’humain dans tout ça ?
dans l’hebdo N° 1163-1165 Acheter ce numéro
Au lendemain de l’adoption, le 21 juillet, du plan dit « de sauvetage de la Grèce », c’est avec ferveur que nous avons été invités à partager le soulagement de la finance internationale. « Les marchés rassurés ! » titraient en chœur la plupart de nos confrères. Les mêmes n’avaient ni un mot ni un regard pour les peuples, et surtout pas pour les Grecs. Comme si les dévots de ce nouveau monothéisme n’imaginaient pas un instant que l’on puisse avoir une autre religion. C’est aux marchés qu’il faut sacrifier. C’est leur colère que nous redoutons. C’est leur plaisir qui nous enchante. Les marchés sont contents, et les partisans de cette Europe désincarnée aussi. Car, un bonheur n’arrivant jamais seul, l’Europe, nous disait-on, a progressé dans l’épreuve. L’aide de 158 milliards apportée à la Grèce serait la première manifestation d’un fédéralisme économique et budgétaire. Hélas, comme souvent, les mots sont pipés. Le fédéralisme, nous n’en sommes pas ennemis. Mais un fédéralisme d’abord politique qui dessinerait les contours d’un nouvel espace démocratique. Or, ce qui s’est passé à Bruxelles n’a rien à voir avec la démocratie.
On le voit bien : la question de la dette sera l’un des thèmes majeurs imposés par la droite pour la prochaine présidentielle. Elle est bien utile, parce qu’on a réussi à l’objectiver, comme une donnée météorologique. Comme étrangère à tout choix politique. Le gonflement de la dette va pourtant de pair avec la mise en œuvre des options libérales apparues dans les années 1980. Il s’explique en grande partie par des baisses ou des exonérations d’impôts pour les plus riches.
Or, la politique dite « européenne » d’aujourd’hui vise à résorber la dette sur le dos des peuples. Elle n’est donc en réalité que l’un des instruments d’une redistribution des richesses au profit du capital le plus improductif. Et l’humain dans tout ça ? Et le peuple grec ? Et notre peuple ? Voilà la question que, pour notre part, nous ne nous lasserons pas de poser devant l’imposture des mots. Combien de titres de presse sommes-nous à la poser encore au lendemain du plan « Sarkozy-Merkel » ? Et combien serons-nous à la poser tout au long de l’année politique décisive qui s’annonce ?
Une analyse au cordeau, et toujours pédagogique, des grandes questions internationales et politiques qui font l’actualité.
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