ANC : un siècle de luttes terni par le pouvoir

Le Congrès national sud-africain, le parti de Nelson Mandela, célèbre ses cent ans, vingt ans après la fin de l’apartheid. Mais la corruption des élites politiques noires et la persistance d’une grande pauvreté pour une partie importante de la population témoignent d’un bilan décevant.

Denis Constant-Martin  • 12 janvier 2012 abonné·es

Pour un nombre croissant de citoyens sud-africains, l’ANC a perdu le sens moral qui guidait Nelson Mandela. Parmi beaucoup d’autres, Desmond Tutu l’a crûment exprimé : à la suite des tergiversations qui avaient empêché le dalaï-lama d’assister à son 80e anniversaire, il avait explosé : « Monsieur Zuma, vous et votre gouvernement, vous ne me représentez pas. Vous ne représentez que vos intérêts […]. Ce gouvernement est pire que celui de l’apartheid, au moins nous n’en attendions rien d’autre. »

Emporté par sa colère, l’archevêque oublie que l’Afrique du Sud de l’ANC n’est pas totalitaire. Face au parti dominant subsistent une presse relativement libre, des contrepoids institutionnels (notamment le Public Protector, un « Défenseur des droits » doté de plus de pouvoirs qu’en France), une société civile dynamique et une opposition en pleine transformation. Pour autant, au vu de l’histoire de l’ANC et de ses luttes héroïques contre l’apartheid, il est évident que l’évolution des élites politiques actuelles est très décevante.

Le 8 janvier 1912, à Mangaung, près de Bloemfontein, 23 délégués se réunissent pour créer le South African Native National Congress,

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