Fin du AAA et sommet de crise

La dégradation de la note de la France pèse déjà sur la vie politique française et ne manquera pas d’avoir des répercussions économiques négatives. Le gouvernement renforce sa politique d’austérité.

Thierry Brun  • 19 janvier 2012 abonné·es

Quels sont les effets de la perte du triple A annoncée par Standard & Poor’s ? Les conséquences politiques n’ont pas tardé. Deux jours après le verdict de l’agence de notation, François Fillon s’en est pris… à François Hollande ! Le Premier ministre lui a « suggéré » de « soumettre son programme électoral à Standard & Poor’s » , tandis que la majorité présidentielle affirmait que la gauche comme la droite devaient afficher leur volonté de rigueur et suivre en priorité l’analyse des agences de notation, bien avant le jugement des citoyens.

Les membres du gouvernement ont également multiplié les communiqués expliquant que la perte du triple A était prévisible compte tenu de la situation de la zone euro et de la France. Ils ont rappelé que la veille du sommet européen des 8 et 9 décembre 2011, la même agence avait indiqué qu’elle mettait la France sous « surveillance négative » , ce qui signifiait l’inévitable perte du triple A.

Le coup dur de la dégradation financière de la France a une autre conséquence. Aux yeux du chef de l’État, la décision de Standard & Poor’s rend plus pertinentes que jamais les « réformes » qui étaient au programme du sommet social du 18 janvier. Elle justifie aussi l’ajout de nouvelles étapes à une politique d’austérité. Dans ses recommandations du 13 janvier, l’agence a pointé « la rigidité du marché du travail » en France et s’est félicité des « réformes structurelles » engagées par le gouvernement, tout en constatant que le processus de réformes « basé sur le seul pilier de l’austérité budgétaire risque d’aller à l’encontre du but recherché » . Traduction : il faut continuer dans une voie qui s’avère somme toute périlleuse ! Mais est néanmoins suivie par le chef de l’État…

Ainsi, le sommet sur l’emploi est devenu un « sommet de crise » et une étape avant l’accouchement de « mesures très importantes » qui vont transformer le financement de la protection sociale et certains droits des salariés, que Nicolas Sarkozy présentera lors de son intervention officielle à la fin du mois. Un nouveau sommet européen doit enfin se tenir le 30 janvier, avec, à l’ordre du jour, le nouveau traité visant à renforcer la discipline budgétaire de la zone euro.

Les grandes lignes de ces « propositions » présidentielles vont dans le sens de cette rigueur européenne imposée par les marchés. Elles étaient connues bien avant le sommet du 18 janvier et la confirmation de la perte du triple A. Plusieurs ministres ont, par exemple, volontiers confié que le calendrier de la fameuse TVA antidélocalisation était déjà arrêté. Quatre grands dossiers ont été présentés aux partenaires sociaux : le chômage partiel, la formation des chômeurs, le financement de la protection sociale et les accords de compétitivité, qui devraient moduler le temps de travail et les salaires en fonction de l’activité. Parallèlement au sommet social, le gouvernement s’est donné des marges pour respecter les engagements européens de réduction du déficit. Lors de la présentation du budget pour l’année 2012, il avait intégré la possible annulation de 6 milliards d’euros de crédits, qui ne peuvent se traduire que par de nouveaux reculs sociaux.

Bien que moins immédiates, des conséquences économiques sont à prévoir, pour l’État et les particuliers. Concrètement, la France, qui emprunte aujourd’hui à des taux autour de 3 %, pourrait se retrouver à emprunter plus cher sur les marchés dans les mois à venir en raison de son déclassement. Ce qui gonflerait la dette publique. L’UFC-Que choisir prévient que « la baisse de la note française va automatiquement dégrader les banques françaises » et avoir pour effet « un renchérissement du coût d’emprunt de l’argent par les banques » , ainsi qu’une « diminution des montants prêtés entre banques » , en raison d’une crise de défiance. Les effets prévisibles sont une hausse de taux d’intérêt du crédit à la consommation et un surcoût de crédit qui devrait être « partiellement répercuté sur les frais bancaires payés par l’ensemble des consommateurs français » . À terme, la perte du triple A pourrait faire vaciller l’économie française. Mais pas les marchés financiers.

Économie
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