Triple A pour les petits pois

À Lyon, une épicerie coopérative ravitaille un réseau de quinze garde-mangers coopératifs. Les produits sont notés en fonction de leur degré d’écoresponsabilité.

Lucie Girardot  • 26 janvier 2012 abonné·es

Nichée dans le VIIe arrondissement de Lyon, l’épicerie 3 Ptits Pois interpelle par son slogan : « Un p’tit pois pour moi, un grand pas pour l’humanité. » Sur les étagères en bois, des produits bios, solidaires et locaux sont accessibles en vrac. Foin des emballages superflus, le consommateur est invité à apporter ses propres récipients. Farine, thé, huile, purée d’amande ou encore pâte à tartiner, il suffit de remplir son bocal à même les bidons, bacs et autres contenants.

Plus original encore est le concept des garde-manger collectifs dont 3 Ptits Pois encourage la création. Il s’agit de micro-épiceries de produits secs sur mesure, autogérées par un groupe de voisins, d’amis ou d’habitants d’un même quartier, à l’échelle d’une cave d’immeuble, d’un garage ou d’un local inutilisé. Les membres du groupe possèdent chacun une clé du local et viennent se servir lorsqu’ils le souhaitent. À tour de rôle, ils s’impliquent dans la vie du groupement d’achat collectif : tenir les comptes, réceptionner les produits, accueillir les nouveaux membres.

« Les groupes nous indiquent ce qu’ils souhaitent trouver dans leurs stocks , explique Julien Weste, l’un des trois entrepreneurs de la coopérative. Nous les ravitaillons une fois par mois. Chaque foyer note ce qu’il prélève sur une fiche de consommation. Ensuite nous leur envoyons une facture, qu’ils nous règlent en fin de mois. » Fini les trajets et les poids lourds à transporter, la queue à la caisse et le suremballage. Surtout, la démarche rend la consommation responsable plus accessible. En mutualisant les achats, en supprimant l’intermédiaire commercial et en valorisant la vente en vrac pour bénéficier de prix de gros, elle permet d’abaisser le prix des produits. D’autant plus que la coopérative applique une marge faible, par souci d’équité vis-à-vis du consommateur.

« On a une clientèle que l’on sent aisée, mais aussi des étudiants, des retraités, des chômeurs », souligne Julien Weste. « Certains foyers se sont mis au bio grâce à la micro-épicerie » , remarque la jeune Lucyle Morand, qui s’occupe de la gestion d’un groupement d’achat constitué de 18 foyers. Voilà un an qu’un micromagasin s’est établi dans un ancien atelier de peinture, situé à une dizaine de minutes à pied de chez elle. « C’est génial de faire ses courses dans ces conditions. On n’est pas soumis à une politique commerciale agressive. J’ai l’impression que mes achats sont plus libres car je ne suis pas attirée par des promotions qui n’en sont pas et dont je n’ai pas besoin. »

L’idée est partie de l’association du quartier, le Bistrot à tisser, pour favoriser le lien social entre les habitants et promouvoir des modes de consommation alternatifs. « On voulait consommer des produits bios mais aussi éthiques, avec une attention à l’origine et à la façon dont ils sont fabriqués. Ce n’est pas toujours le cas dans les magasins bios traditionnels » , précise Lucyle Morand.

La philosophie de 3 Ptits Pois est d’encourager une rémunération juste et digne du travail des producteurs. « Pour certains produits d’épicerie sèche, comme les céréales, nous sommes obligés de travailler avec quelques grossistes, mais environ un tiers de nos produits sont achetés en vente directe », indique Julien Weste. Nous ne négocions jamais les prix, à la différence de magasins comme L’Eau vive [une enseigne privée de magasins bios], dont les centrales d’achat profitent de leur taille pour étrangler les producteurs. »

Par souci de transparence, les produits sont étiquetés en fonction de quatre critères : l’origine des matières premières, la qualité du label agriculture biologique, le degré d’équité vis-à-vis du producteur et la quantité d’emballage. Pour chaque critère, une note de 1 à 5 est attribuée. Concernant le critère local, par exemple, un produit provenant d’un rayon inférieur à 100 km reçoit la note 5/5. C’est le cas notamment des fruits et légumes, des produits frais et du pain, qui font l’objet d’une distribution spécifique certains jours de la semaine à l’épicerie 3 Ptits Pois.

Depuis la création de la coopérative, il y a un peu plus d’un an, une quinzaine de micromagasins ont essaimé à Lyon. Unique en France, cette initiative s’inscrit dans le cadre des réseaux d’économie sociale et solidaire ­rhônalpins. Elle est hébergée par Oxalis, une coopérative d’activité dont l’objectif est de développer les collaborations entre entrepreneurs d’un même territoire, en mutualisant les activités qui ne relèvent pas de leur cœur de métier (gestion, comptabilité, formation) et en offrant à ses membres le double statut d’entrepreneurs-salariés. Mais c’est à District solidaire, une association qui s’occupe de prémonter des projets d’entreprises locales et écologiques aux valeurs humanistes, que l’on doit l’origine du projet. « Je ne me sentais pas l’âme d’un entrepreneur, mais la perspective d’une création d’activité accompagnée m’a rassuré » , explique Julien Weste. Jeune ingénieur au chômage, il a été retenu en 2009 pour porter le projet aux côtés d’Olivier Bidaut, un trentenaire qui envisageait de se lancer dans la création d’une épicerie-restaurant coopérative.
Récemment, Paul Martin, ancien animateur, a rejoint l’équipe. Un projet de restaurant est maintenant à l’étude. Un petit pas de plus pour 3 Ptits Pois.

Écologie
Temps de lecture : 5 minutes

Pour aller plus loin…

Une famille en guerre contre Monsanto
Luttes 3 avril 2025 abonné·es

Une famille en guerre contre Monsanto

La famille Grataloup, dont le fils Théo est atteint de malformations depuis la naissance, affronte la multinationale au tribunal. Ils accusent le glyphosate, produit star de la firme, d’être responsable de l’état de santé de leur fils. Un procès inédit.
Par Vanina Delmas
« La science est la meilleure alliée des luttes pour la santé environnementale »
Entretien 2 avril 2025 abonné·es

« La science est la meilleure alliée des luttes pour la santé environnementale »

Nadine Lauverjat et François Veillerette, la déléguée générale et le porte-parole de l’association Générations futures, se battent pour articuler santé, écologie, alimentation et agriculture saine. Au fil des années, ils ont œuvré à rendre visibles les victimes de pesticides et à contrer la désinformation.
Par Vanina Delmas
Algues vertes : un combat sans fin 
Environnement 26 mars 2025 abonné·es

Algues vertes : un combat sans fin 

La justice a de nouveau condamné l’État pour son inaction dans la lutte contre les algues vertes, tandis que les autorités ont confirmé pour la première fois le lien entre la mort d’un sanglier et le gaz toxique qui émane des « laitues de mer ». Pourtant, la quête de vérité et de transparence dans ce scandale sanitaire reste un parcours du combattant pour les militant·es et les proches des victimes.
Par Vanina Delmas
Sur l’île d’El Hierro, le savant qui récolte l’eau des nuages
Reportage 19 mars 2025 abonné·es

Sur l’île d’El Hierro, le savant qui récolte l’eau des nuages

Sur l’île d’El Hierro, aux larges des Canaries espagnoles, en proie à une pénurie d’eau, un biologiste polonais tente de produire des fruits sans apport d’eau autres que la pluie et le brouillard, en se fondant sur la recherche scientifique.
Par Augustin Campos