À contre-courant / Les renoncements de l’Union européenne

Dominique Plihon  • 22 novembre 2012 abonné·es

Les politiques d’austérité imposées dans l’Union européenne enfoncent celle-ci dans une récession durable dont le coût social est considérable. La pauvreté augmente : 20 millions de personnes souffrent de la faim dans l’espace européen. Les moins de 25 ans sont particulièrement touchés. Le chômage des jeunes a augmenté de plus de 50 % depuis le début de la crise. On dénombrait 5,5 millions de jeunes chômeurs en août 2012, soit un taux historique de 22,7 % en moyenne dans l’UE, et qui dépasse 50 % en Grèce et en Espagne.

Dans cette course folle à l’austérité, et en dépit de cette situation dramatique, deux programmes européens emblématiques sont menacés : le Programme européen d’aide alimentaire (PEAD) pour les plus démunis, et le dispositif Erasmus favorisant la mobilité des étudiants dans les universités. Mis en place en 1986, le PEAD s’appuyait à l’origine sur les surplus engendrés par la politique agricole commune (PAC), ces derniers étaient vendus, les recettes étant redistribuées aux pays membres pour aider les plus démunis via des associations comme les Restos du cœur en France. Les surplus agricoles ayant disparu à la suite de la réforme de la PAC, les autorités européennes ont demandé des contributions financières aux pays membres. C’est cette aide financière que six pays du Nord, parmi les plus riches (1), ont remise en question. De 480 millions, le budget de la PEAD devait passer à 113 millions d’euros… Après d’âpres négociations, les mauvais payeurs ont accepté de prolonger cette aide jusqu’en 2014, à condition que ce programme social s’arrête à cette échéance précise, chaque pays membre devant à l’avenir nourrir lui-même ses propres pauvres…

Le même scénario s’est produit pour Erasmus, qui a quand même profité à plus de 3 millions d’étudiants depuis sa création en 1987. Il est aujourd’hui menacé, comme d’autres programmes, par la décision des gouvernements de réduire le budget européen en 2013. On peut espérer que le programme Erasmus ne sera pas supprimé, car celui-ci dispose d’un fort soutien dans les opinions publiques. Mais on peut craindre que son budget de 460 millions d’euros soit en baisse à l’avenir…

Les remises en cause du PEAD et d’Erasmus, qui représentent moins de 1 % du budget européen, amènent à tirer des leçons inquiétantes pour l’avenir de l’Union européenne. En premier lieu, la solidarité entre les pays de l’UE – qui était en principe au cœur de la construction européenne – tend à disparaître, même quand il s’agit d’aider les victimes des politiques d’austérité. Ensuite, les pays européens n’hésitent pas à sacrifier sur l’autel d’une austérité aveugle les investissements d’avenir pour la jeunesse. Enfin, les pays et les autorités de l’UE choisissent de réduire un budget ridiculement faible, de l’ordre de 1 % du PIB des pays européens, au moment où il serait nécessaire de l’augmenter fortement pour doter enfin l’UE d’une politique budgétaire et fiscale commune, indispensable à la survie de la construction européenne !

Économie
Temps de lecture : 3 minutes

Pour aller plus loin…

George Monbiot : « Après l’hégémonie culturelle néolibérale, nous risquons celle du fascisme »
Entretien 26 mars 2025 libéré

George Monbiot : « Après l’hégémonie culturelle néolibérale, nous risquons celle du fascisme »

Journaliste, activiste écolo et enseignant à l’université d’Oxford, George Monbiot publie, avec le réalisateur de documentaires Peter Hutchison, un réquisitoire implacable sur l’hégémonie culturelle et l’organisation du capitalisme néolibéral.
Par Olivier Doubre
Taxer les riches : Les Écologistes gagnent une bataille contre le gouvernement
Récit 21 février 2025 abonné·es

Taxer les riches : Les Écologistes gagnent une bataille contre le gouvernement

La proposition de loi imposant un impôt plancher sur le patrimoine des ultrariches a été adoptée en première lecture, lors de la journée d’initiative parlementaire des députés écologistes. Une victoire face à l’exécutif qui tente depuis des semaines d’amoindrir le périmètre de cette mesure de justice fiscale.
Par Lucas Sarafian
« Les multinationales ont phagocyté de nombreux espaces, du politique à l’intime »
La Midinale 19 février 2025

« Les multinationales ont phagocyté de nombreux espaces, du politique à l’intime »

Olivier Petitjean, cofondateur de l’Observatoire des multinationales, et Ivan du Roy, rédacteur en chef de Basta!, ont coordonné l’ouvrage « Multinationales, une histoire du monde contemporain » aux éditions La Découverte. Ils sont les invités de « La Midinale ».
Par Pablo Pillaud-Vivien
Agriculteurs : vivre ou nourrir, faut-il choisir ?
Économie 4 décembre 2024 abonné·es

Agriculteurs : vivre ou nourrir, faut-il choisir ?

Au cœur de la détresse des exploitants : la rémunération globalement bien trop faible, en dépit de fortes disparités. La question, pourtant, peine à faire l’objet de véritables négociations et à émerger dans le débat public.
Par Vanina Delmas