Condamné à l’acharnement

Philippe El Shennawy s’est vu refuser sa demande de libération conditionnelle. Après trente-sept années de prison.

Jean-Claude Renard  • 20 décembre 2012 abonné·es

Condamné en 1975 à la perpétuité pour un braquage avec prise d’otage, dans un procès orchestré à charge par le commissaire Broussard, Philippe El Shennawy a déjà passé trente-sept ans derrière les barreaux. Sans avoir jamais tué personne, mais en agaçant l’administration pénitentiaire entre brèves évasions et comportement d’insoumis en prison. En mai dernier, en réponse à sa demande de liberté conditionnelle, le tribunal de Versailles avait fixé sa libération à… août 2032. Pas moins. L’homme a aujourd’hui 58 ans.

Face à cet acharnement de la justice, El Shennawy a mené une grève de la faim de quelques semaines, obtenant au moins la sortie de l’étiquette de « détenu particulièrement surveillé »  (DPS), en attendant sa requête d’un « relèvement de peine de sûreté », dont le jugement devait être rendu à l’automne. C’est tombé ce 12 décembre. Le tribunal mégote et fixe une sortie dans trois ans. Ça fera quarante ans de détention pour un homme que les experts ne jugent pas dangereux pour la société. Quel est le sens de cette peine ? Incarcéré à Poissy, abattu, Philippe El Shennawy a menacé de mettre fin à ses jours. Et déjà tenté de se suicider dans la nuit qui a suivi la décision du tribunal de Versailles. En vain. Au ministère de la Justice, contre le tout-carcéral, Christiane Taubira a annoncé vouloir abroger les peines de sûreté. Il n’est pas plus que temps. Il est déjà tard.

Société Police / Justice
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