Les îles du secret

Les montages financiers, de plus en plus complexes, passent par des territoires à l’opacité garantie.

Thierry Brun  • 11 avril 2013 abonné·es

Les prises de participation de Jean-Jacques Augier, qui fut trésorier de la campagne présidentielle de François Hollande, passent par les îles Caïmans. De son côté, la banque suisse Reyl & Cie transfère, par l’intermédiaire d’une autre banque, les fonds de Jérôme Cahuzac à Singapour, sur un compte « omnibus », qui contient les espèces de plusieurs clients, seulement connus par la banque. Ce montage complexe ne doit rien au hasard : il est réalisé en 2009, après que la Suisse s’est déclarée prête à accorder une aide judiciaire en cas d’évasion fiscale.

L’île de Singapour et les îles Caïmans comptent parmi les destinations préférées des principales entreprises européennes. Ces deux territoires ont l’indice d’opacité financière le plus élevé et figurent en tête d’une liste de 71 paradis fiscaux et centres offshore établie en 2011 par Tax Justice Network, réseau international pour la justice fiscale. À lui seul, Singapour gère davantage de dépôts que le Brésil et le Canada réunis, a évalué la Banque des règlements internationaux. En fait, nombreux sont les établissements financiers helvétiques qui proposent à leurs clients de transférer leurs avoirs à Hong Kong et à Singapour, des territoires qui font partie des dix meilleurs paradis fiscaux recensés par le magazine Forbes, avec l’État du Delaware (États-Unis), le Luxembourg, la Suisse, les îles Caïmans, la City à Londres, l’Irlande, les Bermudes, etc. Les îles Caïmans, territoire des Caraïbes sous souveraineté britannique, spécialisé dans la domiciliation de sociétés écrans, sont le plus opaque des paradis fiscaux avec le Delaware. C’est pourtant le troisième créancier des États-Unis et le premier centre financier mondial pour les fonds spéculatifs (hedge funds). Selon une étude du CCFD-Terre solidaire, les leaders européens de la banque et des assurances ont en moyenne 25 filiales chacun dans l’archipel. La palme revenant à Barclays, qui y détient 168 filiales.

Économie
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