Trappes : Simple contrôle ou provocation ?

Après les violences à Trappes, le ministre de l’Intérieur parle d’« émeutes ». Les associations, elles, réclament la vérité.

Maxence Kagni  • 25 juillet 2013 abonné·es

Une arrestation qui dégénère et plusieurs nuits de violences. Trois ans après son adoption, la loi interdisant le port du voile intégral dans les lieux publics refait parler d’elle. Jeudi dernier, à Trappes (Yvelines), des policiers ont voulu contrôler, dans des circonstances qui restent à déterminer, l’identité d’une jeune femme dont le visage était dissimulé par un voile. Selon le procureur de la République de Versailles, le mari de celle-ci, un homme de 21 ans converti à l’islam, s’y serait opposé violemment. Il aurait tenté d’étrangler un policier, ce qui lui a valu un placement en garde à vue.

Le lendemain, environ quatre cents personnes se sont rendues au commissariat de Trappes afin de demander la libération du jeune homme. Plusieurs incidents ont émaillé le rassemblement : certains manifestants ont jeté des pierres, brûlé des poubelles et des abribus. Les violences ont repris le samedi soir. Lundi, après une nuit d’accalmie, Manuel Valls a estimé que la situation était « contenue ». Le ministre de l’Intérieur a qualifié les débordements « d’émeutes », appelant toutefois les responsables politiques à ne pas faire d’amalgames entre les « incendiaires » et « l’immense majorité des quartiers populaires  […] et encore moins avec l’immense majorité des musulmans ». La veille, il avait déclaré qu’il ne doutait pas « un seul instant » de la bonne foi des fonctionnaires de police, pourtant accusés d’avoir provoqué le couple lors du contrôle. Plusieurs associations, comme le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) ou encore la Coordination contre le racisme et l’islamophobie, ont remis en cause les versions officielles et demandé l’ouverture d’une enquête indépendante. Dans un communiqué, le CCIF a assuré que des témoins de la scène ont entendu des « déclarations racistes de la part des policiers » et assisté à un « abus de moyens physiques » à l’encontre de la femme voilée.

Le mari de cette dernière, finalement libéré samedi, placé sous contrôle judiciaire et qui sera jugé en septembre, dément avoir tenté d’étrangler quiconque. Compte tenu du « contexte dans lequel le contrôle s’est déroulé », sa compagne n’aurait tout simplement pas eu « le temps » de dévoiler son visage jeudi dernier. Il affirme qu’elle a toujours accepté de le faire précédemment, et ce à de « nombreuses » reprises. Selon l’Observatoire de la laïcité, depuis l’application en avril 2011 de la loi sur le voile intégral, 130 des 705 contrôles effectués l’ont été dans le seul département des Yvelines.

Société Police / Justice
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