Allemagne : Le SPD à Canossa

Les sociaux-démocrates sont sur le point d’accepter de former une nouvelle coalition avec le parti d’Angela Merkel.

Denis Sieffert  • 24 octobre 2013 abonné·es

Les délégués sociaux-démocrates allemands ont confirmé le 20 octobre leur accord pour former un nouveau gouvernement de coalition avec les conservateurs de la CDU/CSU d’Angela Merkel. Près d’un mois après les élections du 22 septembre, qui avaient consacré la nette victoire des chrétiens-démocrates (41,5 % contre 25,7 % au SPD), les dirigeants des deux partis ont fait part de leur « optimisme » pour la suite du processus. La droite, malgré son très bon score, n’a pas obtenu la majorité absolue. Elle est donc contrainte de se trouver une force d’appoint au Bundestag. Les Verts ont rapidement exclu toute forme d’alliance. Quant aux libéraux, alliés traditionnels de la CDU, ils ont subi au mois de septembre une défaite historique qui ne leur a pas permis d’avoir des élus.

Mais les soucis post-électoraux de Mme Merkel sont sans commune mesure avec ceux des dirigeants sociaux-démocrates un mois après leur déconvenue. « Le groupe de négociateurs du SPD a décidé à l’unanimité que le lancement de négociations de coalition avait un sens », a sobrement commenté le président du SPD, Sigmar Gabriel. Celui-ci souhaite tout de même obtenir des amis d’Angela Merkel une promesse de création d’un salaire minimum, qui n’existe pas aujourd’hui en Allemagne. En faisant valoir cette avancée sociale, Sigmar Gabriel espère ainsi convaincre la base du parti, qui est très réticente. Et pour cause ! La précédente « grande coalition » droite-gauche, entre 2005 et 2009, avait fait perdre près de sept points au SPD.

Consciente de la nécessité d’accorder quelque chose à ses futurs partenaires, la droite a laissé entendre qu’elle pourrait renoncer à son traditionnel refus de salaire minimum. Le dirigeant de la CSU, le parti frère de la CDU d’Angela Merkel, Horst Seehofer, s’est déclaré prêt à « dire oui au salaire minimum ». Ce qui ne signifie pas grand-chose. Le SPD demande en effet l’établissement d’un Smic horaire à 8,50 euros, alors que les conservateurs, sans paraître s’opposer au principe, souhaitent un taux différencié négocié par branche et par région. Plusieurs instituts économiques proches du patronat ont par ailleurs brandi la menace d’une hausse du chômage, voire de délocalisations dans la Pologne voisine. Les conservateurs posent également comme condition que le SPD renonce à toute hausse d’impôt. Le dogme libéral, qui fait de l’Allemagne le champion du dumping social, est donc jalousement défendu. Le SPD risque fort d’obtenir des garanties en trompe-l’œil. Qu’importe, puisque son principal dirigeant, Sigmar Gabriel, est déjà pressenti pour prendre la tête d’un grand ministère des Affaires sociales.

Monde
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