Ces patrons en désaccord avec le Medef

Les dirigeants de l’économie sociale et solidaire livrent leurs reproches sur les propositions du Medef pour « créer un million d’emplois ». Ils craignent notamment le déploiement de services à bas coût.

Thierry Brun  • 2 octobre 2014 abonné·es

Les propositions du Medef, sous la forme d’un petit livre jaune intitulé : « 1 million d’emplois… C’est possible ! », sont loin de recueillir l’unanimité au sein du monde de l’entreprise. Certains patrons et des organisations d’employeurs de l’économie sociale et solidaire (ESS) vont jusqu’à mettre en cause la contribution présentée le 24 septembre par l’organisation patronale, qui affirme dans son projet que le « modèle économique et social, hérité de la Libération et basé sur le modèle des Trente Glorieuses, a vécu » .

**Certes, « des aménagements du code du travail *et des lois relatives aux affaires sociales sont nécessaires car la société a évolué », concède Éric Forti, président de la chambre régionale de l’économie sociale et solidaire (Cress) d’Île-de-France, organisme représentatif des entreprises de la région. Mais revoir la durée légale du travail et l’âge de la retraite, supprimer certains jours fériés, diminuer le smic pour les jeunes et plus largement supprimer le CDI ne nous semble pas porteur d’une amélioration des conditions de vie des citoyens ». Éric Forti estime plus important de « faire vivre la loi sur l’économie sociale et solidaire, qui est un fabuleux facteur de redressement économique du pays, car il s’agit d’inciter les citoyens à s’engager dans l’entrepreneuriat collectif tout en renforçant certains principes essentiels pour l’environnement ». L’importante Union des employeurs de l’économie sociale et solidaire (Udes) a signé en janvier un protocole d’accord « sur la représentativité des organisations multiprofessionnelles » avec cinq organisations patronales, dont le Medef. Elle « ne voit pas l’opportunité d’aller plus loin dans la flexibilisation du travail », estime Sébastien Darrigrand, délégué général de cette organisation patronale, laquelle rassemble 27 groupements et syndicats d’employeurs, représentant plus de 70 000 entreprises. L’Udes est cependant favorable à la « baisse des charges, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi  [CICE] étant un point d’accord avec le Medef », et demande que le secteur associatif puisse en bénéficier. Plus à gauche, François Longérinas, patron de l’EMI-CFD, coopérative de formation aux métiers de l’information, une entreprise de 30 salariés permanents et de 180 vacataires, « ne se sent pas concerné par les propositions du Medef en tant qu’entreprise de l’économie sociale et solidaire ». Ce dirigeant met en cause la volonté du Medef de généraliser le « contrat de projet », un CDI limité dans le temps sur le modèle du contrat de chantier existant dans le BTP. La coopérative a certes intégré « une forme de flexibilité, explique-t-il, mais pas au point d’accepter, par exemple, le statut d’auto-entrepreneur, qui créerait une rupture du dialogue social dans l’entreprise » .

Surtout, François Longérinas reproche au Medef l’absence de propositions sur « la gouvernance de l’entreprise. Or, pour nous, l’amélioration de la compétitivité est dans l’appropriation du projet d’entreprise par les salariés ». La suppression des seuils sociaux à partir desquels l’entreprise doit notamment créer un comité d’entreprise (CE) suscite aussi la réaction du chef d’entreprise : « On fait tout le contraire. Avec d’autres structures de l’ESS, nous avons fondé une union qui permet de bénéficier des droits réservés aux CE. » Jack Potavin, président du Groupement des organismes employeurs de l’économie sociale (GOEES), est pour sa part très critique : « Les propositions du Medef relèvent de la provocation idéologique et d’une gestion libérale sauvage. Pourquoi pas le retour au servage ? » Ce syndicat d’employeurs, qui représente plus de 80 % des salariés des comités d’entreprise employeurs, notamment la CCAS (branche énergie), Aéroports de Paris, la RATP et la SNCF, des organisations syndicales et associatives, comme le Secours populaire, craint le déploiement « des services à bas coûts. Pour nous, cela ne peut être la base du développement des entreprises. Il y a certes des contraintes de gestion, mais qui tiennent compte d’un travail salarié justement rémunéré si on veut des services rendus efficaces ». Et de rappeler que le secteur de l’ESS représente 2,4 millions de salariés et 10 % du PIB. Mais il est totalement ignoré par le petit livre jaune du Medef.

Économie
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