La gabegie financière du Lyon-Turin

La version provisoire d’une étude européenne confirme le coût faramineux du projet de liaison ferroviaire à grande vitesse.

Thierry Brun  • 13 novembre 2014 abonné·es

La commission des Transports et du Tourisme du Parlement européen a présenté le 4 novembre un document édifiant sur le pharaonique projet de liaison ferroviaire à grande vitesse (LGV) entre Lyon et Turin. Il s’agit de la version provisoire d’une étude révisant les investissements dans les projets du réseau transeuropéen de transport (RTE-T), que s’est procuré Politis [^2]. Intitulé : « Mise à jour sur les investissements dans les grands projets RTE-T »  [^3], ce rapport a été commandé par ladite commission à la direction générale des politiques internes du Parlement européen, en charge des transports. Une douzaine de cas ont été analysés, dont la LGV Lyon-Turin, un dossier qualifié de « mégaprojet ». Les experts européens ont examiné le coût du projet de tunnel transfrontalier de 57 kilomètres et parviennent à une estimation plus élevée que les 8,6 milliards d’euros avancés par les partisans du grand projet, ainsi que par le maître d’ouvrage Lyon Turin ferroviaire (LTF). L’estimation serait en réalité de 12 à 14,3 milliards d’euros. L’étude relève que le projet de tunnel de base « a été prolongé de 14 kilomètres », et qu’au total l’infrastructure à réaliser comprendrait 257 kilomètres de ligne ferroviaire. Le coût global du projet se situerait donc autour de 26 milliards d’euros.

Ces révélations ont suscité la colère des écologistes et du député UMP de Savoie Dominique Dord, lesquels contestent la pertinence économique et environnementale du grand projet. La députée européenne EELV Karima Delli, membre de la commission des Transports et coordinatrice pour le groupe des Verts au Parlement européen, affirme qu’au cours de l’évaluation des projets transeuropéens de transports, des représentants de la Commission européenne ont reconnu un projet « surdimensionné », ainsi que « la certitude de risques environnementaux liés à la construction du tunnel ». Et surtout « l’incapacité financière pour l’Union européenne à prendre en charge l’ensemble du projet ». Fait rare, Laurens Jan Brinkhorst, coordinateur européen du Lyon-Turin pour la Commission européenne, a réagi dans un communiqué pour assurer que « la Commission européenne soutient pleinement la nouvelle liaison ferroviaire », et conteste l’estimation du rapport. Mais sans apporter la moindre preuve.

[^2]: Voir le blog de Thierry Brun sur Politis.fr, à la date du 5 novembre.

[^3]: « Update on investments in large TEN-T projects », septembre 2014.

Société
Temps de lecture : 2 minutes

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