« Le Fils de Saul » – Christian Delage : « Comment donner une place au spectateur ? »
À l’occasion de la sortie du Fils de Saul, de László Nemes, l’historien Christian Delage revient sur la difficulté de traiter au cinéma la question de la représentation des camps de la mort.
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La polémique espérée par les responsables du Festival de Cannes a accouché d’une souris. Le Fils de Saul, premier long métrage du Hongrois László Nemes, annoncé comme potentiellement polémique par Thierry Frémaux lors de la présentation de la compétition, a été crédité au palmarès du prestigieux Grand Prix dans l’enthousiasme général, et avec l’adoubement de Claude Lanzmann. László Nemes « est jeune, intelligent, beau et il a fait un film dont je ne dirai jamais aucun mal », a dit l’auteur de Shoah, qui se veut incontournable sur la question. Le film mérite pourtant mieux qu’un simple élan d’admiration. Le Fils de Saul met en scène un membre des Sonderkommandos à Auschwitz, chargés de faire entrer leurs coreligionnaires juifs dans les chambres à gaz puis de ramasser les corps pour les porter au four crématoire. Au début du film, Saul (Géza Röhrig) voit un enfant mort, qui a été achevé par un médecin nazi alors que le gaz ne l’avait pas complètement asphyxié. Il le reconnaît comme étant son fils – mais le spectateur ne sera jamais sûr de la réalité de ce lien filial. Dès lors, Saul n’a plus qu’une idée en tête : trouver un rabbin pour enterrer l’enfant. Pour porter cette intrigue étonnante, László Nemes a choisi de tenir sa caméra tout près de son personnage principal, le second plan restant flou – comme les corps à ramasser, par exemple. À ce dispositif de mise en scène s’ajoute une bande-son bruitiste anxiogène et une incessante mise en tension scénaristique, voire un suspense. Nous avions estimé, à Cannes, que les moyens esthétiques mis en
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