L’Affaire du siècle bat des records

Alors que 2018 est l’année la plus chaude enregistrée, plus de 1,5 million de citoyens ont signé en 48 heures l’appel accompagnant le recours déposé par quatre ONG contre l’Etat pour inaction climatique. L’heure du changement ?

Ingrid Merckx  • 24 décembre 2018
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L’Affaire du siècle bat des records
Photo : Marie Toussaint, présidente de Notre Affaire à tous. (© Michel Soudais)

Politis et le groupe de journalistes sur le climat constitué avec Mediapart, Basta !, Reporterre et la revue Projet l’annonçaient le 28 novembre en publiant des articles conjoints sur l’impact du réchauffement ici et maintenant : les actions en justice pour le climat vont se multiplier en France.

À lire aussi >> Notre dossier « La justice climatique monte au front »

Après le recours déposé par le maire de Grande-Synthe, Damien Carême, pour défendre sa ville qui subit l’impact du changement climatique, quatre ONG ont attaqué l’État le 17 décembre pour inaction climatique. La Fondation pour la nature et l’homme, Greenpeace France, Notre affaire à tous et Oxfam France ont déposé une demande préalable. Première étape d’une démarche appelée l’Affaire du siècle et qui, accompagnée d’un appel du même nom, a réuni en trois jours plus de 1,5 million de signatures. Ce qui en fait l’opération en ligne hexagonale la plus massive en un temps record. 2018, année la plus chaude enregistrée marque-t-elle un tournant en matière de climat ? Entretien avec Marie Toussaint, présidente de Notre affaire à tous.

L’appel « L’Affaire du siècle » qui accompagne le recours déposée par quatre ONG devant l’État pour inaction climatique rencontre un énorme succès avec plus de 1,5 million de signatures récoltées en 48 heures. Comment interprétez-vous cette réponse citoyenne en plein mouvement des gilets jaunes et après une COP 24 décevante ?

Marie Toussaint : Plus de 1,5 million de signatures, c’est une vague civique. Une vague pour le climat, mais pas seulement. Si notre démarche est tant soutenue, c’est parce qu’elle répond à une aspiration citoyenne profonde. Qui dit qu’il y en a assez d’agir au quotidien, de voir des collectivités agir, certaines entreprises agir, quand l’État lui-même nous fait défaut. Il y a une lassitude face aux concertations nationales ou internationales qui aboutissent à des opérations de communication, en repoussant sans cesse les actes et mesures nécessaires. La volonté de changement est très puissante. C’est un message fort envoyé aux États partout à travers le monde. C’est une réappropriation démocratique. Les gens reprennent leurs affaires en main. Nous pouvons faire advenir, par le bas, un monde de justice climatique. Nous ne nous laisserons plus faire et nous voulons pouvoir choisir notre avenir plutôt que de le subir.

La demande préalable déposée le 14 décembre par les quatre ONG corequérantes – Notre affaire à tous, la Fondation pour la nature et l’homme, Greenpeace France et Oxfam France – constitue une première étape dans l’action en justice intentée contre l’État. Quelle est l’étape suivante ? Comment la mobilisation citoyenne peut-elle soutenir le recours ?

La demande envoyée le 17 décembre dernier est le début d’une procédure judiciaire de longue haleine, dans laquelle les parties sont amenées à s’échanger des arguments. Nous attendons une réponse de l’État dans les deux mois, suite à quoi nous demanderons au tribunal administratif de Paris d’engager la procédure, qui devrait durer environ deux ans. Les citoyens signataires de l’appel ne pourront pas directement se joindre au procès, mais leur voix sera posée sur la table du juge, comme une sorte de « pièce à conviction », un appui au dossier. En outre, la mobilisation citoyenne pèse directement sur le gouvernement, en l’engageant à agir sans attendre. Le succès de cet appel à soutien nous donne une immense responsabilité : il est impératif d’associer le plus grand nombre à la construction de ce mouvement climatique, et à la manière dont nous porterons nos requêtes, en parallèle et durant toute la durée du procès. Nous n’agissons pas seulement au nom des citoyen.ne.s, mais avec les citoyen.ne.s.

Cette vague citoyenne pour défendre le climat survient alors que 2018 est l’année la plus chaude jamais enregistrée. Les recours en justice se multiplient partout dans le monde. Y compris en France dorénavant. 2018 marque-t-elle un tournant ?

Nous l’espérons. Le mouvement prend de l’ampleur. Les actions en justice climatique se multiplient à travers le monde, visant les pollueurs majeurs ou la responsabilité des États, et les victoires commencent… Le temps des grands discours creux est en train de prendre fin. L’Affaire du siècle est la 1248e action en justice climatique dans le monde depuis dix ans. Ce vendredi 22 décembre, le peuple mapuche a assigné en justice plusieurs sociétés pétrolières dont Total pour leur manque d’action climatique. L’action des citoyen.ne.s et le courage des juges peuvent être déterminants.

La jeunesse et les femmes sont en pointe dans l’émergence de nouvelles formes de mobilisations. Jamie Margolie et Greta Thunberg ont toutes deux 15 ans, et elles ont fait naître des mouvements de masse pour le climat chez les lycéens de leurs pays : les États-Unis et la Suède. Greta Thunberg et les lycéens australiens défient les générations précédentes : à quoi cela sert-il d’aller étudier s’il s’agit de se préparer à travailler sur une planète morte ? Grâce à leurs combats, nous pouvons garder l’espoir de préserver une planète vivable, où l’on respecte enfin la dignité de chacun.e, et l’égalité.

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