Le journaliste syrien Hussam Hammoud doit être protégé

Le journaliste syrien Hussam Hammoud a appris lundi que sa demande de visa humanitaire avait été refusée par la France. Il travaille sur des sujets cruciaux, comme le terrorisme, pour plusieurs médias français. Sa vie est aujourd’hui menacée en Turquie et en Syrie. Syndicats et sociétés de journalistes attendent que les autorités reviennent sur leur décision.

Collectif  • 9 septembre 2022
Partager :
Le journaliste syrien Hussam Hammoud doit être protégé
© Photo : DR.

Depuis des années, le journaliste syrien Hussam Hammoud collabore avec des médias français et étrangers, dont Radio France, Mediapart, Le Monde, France 24, BFMTV, The Guardian ou la BBC. Il a signé des enquêtes remarquées sur le terrorisme et les crimes de Daech, organisation contre laquelle il a toujours lutté. Après le retrait de la coalition internationale de cette zone, il a dû fuir Raqqa en urgence en octobre 2019. Il est depuis réfugié en Turquie, où il poursuit son travail de journaliste, notamment sur les financements de l’État islamique. Et où il est à nouveau menacé par des groupes terroristes.

Lundi 5 septembre, Hussam Hammoud s’est vu refuser sa demande de visa humanitaire par la France dans un mail type lapidaire. Il espérait, si celle-ci avait été acceptée, comme ce fut le cas pour d’autres journalistes syriens, pouvoir demander l’asile et mettre à l’abri sa famille. À 30 ans, il estime que sa vie et ses rêves sont « détruits ». Lui refuser ce visa, c’est le maintenir sous la menace des groupes armés et mettre sa vie en péril.

Au printemps 2019, il a fourni, avec l’aide de la journaliste française Céline Martelet, des documents inédits sur Daech au Parquet national antiterroriste français, qui a alors reconnu « un travail très important ». Comme des milliers de réfugiés syriens en Turquie, Hussam Hammoud risque l’expulsion vers la Syrie, où la mort l’attend – il a d’ailleurs déjà été torturé par des djihadistes étrangers.

La France ne peut rester silencieuse et indifférente à son sort, alors qu’elle a le pouvoir d’agir et de protéger un journaliste qui a risqué sa vie pour informer nos concitoyens, et qui est aujourd’hui plus que jamais menacé en raison du métier qu’il exerce.

En 2021, déjà, le journaliste afghan Elyaas Ehsas avait frôlé l’expulsion (vers la Suède) car la France refusait d’étudier sa demande de protection, alors que ses proches avaient été évacués par les autorités françaises après la chute de Kaboul. Après des mois de clandestinité et de mobilisation, il avait finalement été autorisé à déposer sa demande d’asile en France.

Nous, syndicats et sociétés de journalistes signataires de cet appel, demandons instamment au gouvernement, et en particulier aux ministères de l’intérieur et de la culture, d’accorder un visa humanitaire à Hussam Hammoud, au nom de la liberté d’informer et d’être informé, piliers de notre démocratie, et de lui accorder la reconnaissance élémentaire pour son concours à la défense de nos valeurs et de notre sécurité.

N’abandonnons pas un journaliste ainsi exposé en Turquie, qui peut à tout moment le remettre aux autorités d’un pays qu’il a quitté parce qu’il y était menacé de mort. Notre État de droit ne peut se permettre une telle indignité.

Signataires de ce communiqué :

Fédération européenne de journalistes (FEJ)

Fédération internationale de journalistes (FIJ)

Syndicats : SNJ, SNJ-CGT, CFDT Journalistes

Les sociétés de journalistes et/ou des personnels de l’AFP, d’Arrêt sur images, d’Arte, de BFMTV, du Courrier international, des Échos, d’Europe 1, de France 2, de France 24, de franceinfo.fr, de FranceInfoTV, du Figaro, de Challenges, de L’Huma, du JDD, de Libé, de LCI, de Marianne, de Mediapart, du Monde, de M6, du groupe NRJ, de L’Obs, de Paris Match, du Parisien-Aujourd’hui en France, de Premières Lignes, de Radio France, de RFI, de RMC, de RTL, de Sud Ouest, de Télérama, de TF1, de La Tribune, de L’Usine nouvelle, de La Vie, de la rédaction de Politis, de la rédaction de Paradiso Média.

Publié dans
Tribunes

Des contributions pour alimenter le débat, au sein de la gauche ou plus largement, et pour donner de l’écho à des mobilisations. Ces textes ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction.

Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Loi Savin contre le voile dans le sport : en République, la liberté doit rester la règle !
Tribune 1 avril 2025

Loi Savin contre le voile dans le sport : en République, la liberté doit rester la règle !

Dans une tribune, le collectif Les Incorrectes, rassemblant des personnalités du monde du sport, du milieu universitaire et de l’espace associatif, appelle les députés et députées « pour qui l’État de droit a encore un sens, à rejeter la loi Savin », visant à interdire le voile dans le sport.
Par Collectif
Lutte contre l’antisémitisme : une proposition de loi scélérate
Tribune 31 mars 2025

Lutte contre l’antisémitisme : une proposition de loi scélérate

L’ancien député écologiste européen Alain Lipietz dénonce un texte qui, sous couvert de lutte contre l’antisémitisme, ne vise qu’à rajouter une couche de plus aux restrictions à la liberté d’opinion et d’expression.
Par Alain Lipietz
Le Parti socialiste n’est pas à vendre : contre les fausses synthèses et les vraies captations
Tribune 28 mars 2025

Le Parti socialiste n’est pas à vendre : contre les fausses synthèses et les vraies captations

La préparation du 81e congrès du parti à la rose ne satisfait pas Pierre-Henri N’simba-Delezay, militant socialiste en Seine-Saint-Denis. Il appelle ses camarades à sortir de la logique du repli entre élus qui s’inscrit dans un mouvement plus global de dépolitisation et d’affaiblissement du pluralisme.
Par Pierre-Henri N’simba-Delezay
« Jamais l’art ne pourra servir d’alibi à des matraquages et à des expulsions de mineurs »
Tribune 21 mars 2025

« Jamais l’art ne pourra servir d’alibi à des matraquages et à des expulsions de mineurs »

Plus de 400 personnalités du monde de la culture dénoncent la violente expulsion de la Gaîté lyrique qui a eu lieu le mardi 18 mars 2025. Depuis le 10 décembre, 460 mineur.e.s isolé.e.s occupaient ce théâtre emblématique de la capitale.
Par Collectif