Maïwenn et l’antiféminisme

La réalisatrice est le dernier exemple en date de ces nombreuses femmes publiques étalant leur aversion pour les féminismes et leur soutien sans faille à leurs amis, collègues ou partenaires. Nouvelle démonstration du chemin qu’il reste à parcourir contre le patriarcat.

Fania Noël  • 14 juin 2023
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Maïwenn et l’antiféminisme
Maïwenn, lors d'une conférence de presse pour le film "Jeanne Du Barry", lors du Festival de Cannes, le 17 mai 2023.
© Patricia DE MELO MOREIRA / AFP.

L’actualité post-MeToo (César, Cannes, procès Johnny Depp et Amber Heard, affaires PPDA, Depardieu, Quatennens…) a offert à de nombreuses femmes publiques l’occasion d’étaler l’étendue de leur aversion pour les féminismes et leur soutien sans faille à leurs amis, collègues ou partenaires. Dernier exemple en date : Maïwenn. Contrairement aux militantes antiféministes déclarées des rangs conservateurs, les personnalités comme Maïwenn enveloppent leur antiféminisme dans une défense de l’« humanisme » et une « critique des deux parties », en se positionnant contre la « victimisation des femmes ».

Si elles ne cachent pas leur admiration pour les femmes qui se sont imposées comme incontournables dans des domaines prestigieux et masculins, elles s’assurent néanmoins de toujours mettre une distance avec les mouvements féministes, notamment contemporains, se limitant à encenser de « vraies féministes » (souvent mortes). Ce serait une erreur d’analyser l’antiféminisme de ces femmes qui occupent des postes leur permettant une plus grande marge de négociation avec le patriarcat, et qui naviguent dans des cercles de socialisation composés d’hommes de pouvoir, par le prisme de l’aliénation.

Ces antiféministes sont des preuves de nos victoires. Mais aussi du chemin qu’il reste à parcourir.

Bien que le patriarcat, en tant que principe organisateur de la société, produise de l’aliénation ou des traumatismes psychologiques, toutes les actions que l’on mène à l’encontre de son propre groupe ne relèvent pas (uniquement) de l’un ou de l’autre. Comme l’a très bien souligné la philosophe Léna Dormeau, la psychologisation des trajectoires de vie marquées par la violence est loin d’être une explication ou une justification. L’antiféminisme de ces femmes est marqué par le plus profond des individualismes et le mépris des femmes qu’elles considèrent comme faibles, mais elles demandent tout de même à être soutenues lorsqu’elles, ou leurs proches, sont victimes du sexisme.

Cette contradiction est parfois mise à nu. En 2011, Carla Bruni, qui jusqu’à aujourd’hui est une fervente supportrice de Roman Polanski, déclarait ne plus se sentir de gauche. En cause, le traitement par la gauche de l’affaire Roman Polanski-Fréderic Mitterrand. En mars 2023, elle déclarait dans Le Point : « Il a existé une certaine indulgence vis-à-vis de Bertrand Cantat », assassin de Marie Trintignant, dont elle était une amie proche. Il est intéressant de noter que, selon elle, la complaisance à l’égard de Cantat est due à son appartenance à la gauche, et non à la classe des hommes.

Bien que les luttes féministes, attaquées de toutes parts, n’aient pas (encore) réussi à mettre fin au patriarcat, ces antiféministes sont des preuves de nos victoires. Mais aussi du chemin qu’il reste à parcourir. D’une part au vu des positions qu’elles occupent (cinéastes, autrices, universitaires, journalistes, éditorialistes, femmes politiques) et, d’autre part, de manière ironique, grâce à la pénétration des idées féministes dans la société, qui les rend indispensables.

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