Que peut faire l’école pour que le harcèlement n’ait plus cours ?
Pour combattre ces violences et cyberviolences, il faut connaître leurs ressorts et se doter des outils adéquats.

© Arnaud Le Vu / Hans Lucas / AFP.
« Quand les gens ont screené [fait une capture d’écran], ça a commencé à parler. Tout le monde disait : “Tu as vu la photo ?” Même ceux qui ne l’ont pas vue, ils l’ont vue. » « Ils l’insultaient : “À 12 ans, tu montres ton corps, sale chienne.” “T’es une salope.” » Les témoignages recueillis au cours de mes enquêtes de terrain renferment parfois une réalité choc. Les propos précédents, extraits d’un entretien collectif mené avec une classe de quatrième d’un collège ordinaire, où j’ai enquêté pour mieux comprendre ce phénomène, m’ont particulièrement marquée. Quels faits méritent qu’une toute jeune fille subisse un tel traitement ? Celle-ci a envoyé un nude [photo partiellement dénudée ou suggestive] à son amoureux, qui s’est empressé de le partager avec un ami pour apporter des preuves qu’il savait « gérer sa meuf ». La suite, effroyablement banale, prend la forme d’un revenge porn : après la rupture, l’ex-amoureux publie la photo partagée initialement dans une relation privée. Pourtant, seule la fille subira les violences et cyberviolences des pairs, alors même que le garçon l’a publiée en dehors de tout consentement, ce qui relève d’un délit passible de deux ans d’emprisonnement et d’une peine de 60 000 euros pour les majeurs depuis la loi du 19 octobre 2020.
De la moquerie au crimeLes enquêtes de victimation recueillent des actes de violence, à partir de descriptions précises de faits advenus dans un cadre spatial et temporel délimité, identifiés comme « ce que l’on m’a fait et qui m’a fait du mal ». Les formes du harcèlement et du cyberharcèlement sont multiples. Elles visent soit à contrôler la personne ciblée en la ramenant aux normes sociales attendues, par exemple à propos de la tenue vestimentaire, soit à péjorer la personne ciblée ou à lui nuire. Elles s’inscrivent dans un continuum qui commence par l’humour, les moqueries, les rumeurs, la mise à l’écart, les commentaires déplacés, se poursuit avec le trolling (1) pour la forme digitale, les insultes, l’envoi de sextos (messages à caractères sexuel), d’images ou de vidéos à caractère pornographique avec l’intention de déstabiliser, les incitations à se faire du mal à soi-même ou à se suicider. Ce continuum s’achève par des délits comme les attouchements sexuels, les crimes comme le viol ou les atteintes physiques pouvant entraîner la mort.
La plupart des faits rapportés par les élèves de collège relèvent de micro-victimations : moqueries, insultes à propos du comportement genré, de l’orientation sexuelle, de la couleur de peau, parfois de la religion. Quelques victimes
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