Ilaria Salis : « Lutter contre les symptômes du fascisme, mais surtout en éliminer les causes »
La militante antifasciste, incarcérée en Hongrie, a été élue eurodéputée en juin dernier. Après 15 mois de détention, elle affirme sa détermination à poursuivre la lutte pour l’État de droit et la justice sociale au sein du Parlement européen.

© Attila KISBENEDEK / AFP
Arrêtée en février 2023, Ilaria Salis, militante antifasciste italienne, était accusée par la justice hongroise d’avoir attaqué des néonazis en marge d’une manifestation. Celle qui a toujours clamé son innocence a été détenue pendant 15 mois avant d’être élue au Parlement européen, bénéficiant ainsi de l’immunité parlementaire. En janvier dernier, les images de son audience, où elle apparaissait les pieds liés par des chaînes et les mains menottées, avaient provoqué une onde de choc partout en Europe.
Vous êtes sortie de prison il y a quelques semaines à peine, comment allez-vous ?
Ilaria Salis : J’ai été libérée de prison il y a deux mois. Après quinze mois de détention, j’ai été mise en résidence surveillée en Hongrie pour deux semaines et mi-juin, quelques jours après mon élection, j’ai finalement été libérée. J’ai pu revenir en Italie. Ça fait quelques semaines que j’ai été libérée, mais j’ai l’impression que ça fait plus longtemps, car beaucoup de choses se sont passées. Je suis toujours en train de me réparer de cette expérience terrible de la prison en Hongrie.
L’expérience de la prison m’a rendue encore plus déterminée à défendre les droits humains, la liberté et la justice.
Comment avez-vous vécu la prison et comment cette expérience d’enfermement a fait évoluer vos idées politiques ? Vos convictions ont-elles évolué lorsque vous étiez en prison ?
C’était une expérience terrible, mais ça n’a pas changé mes convictions politiques. Ça a renforcé ma détermination. Les conditions de vie et de détention dans les prisons en Hongrie, l’expérience de la prison dans ma chair, m’ont rendue encore plus déterminée à défendre les droits humains, la liberté et la justice.
Après l’audience du 29 janvier où des images de vous ont largement circulé, Giorgia Meloni a téléphoné à Viktor Orbán et votre enfermement a été l’objet de tension entre les deux dirigeants. Pensiez-vous que votre engagement antifasciste inciterait Meloni, femme politique d’extrême droite, à ne pas intervenir ?
Le gouvernement italien a été obligé d’intervenir. Et il est intervenu après un an de prison, quand mon affaire a été fortement médiatisée en Italie. Le gouvernement est intervenu pour améliorer mes conditions de détention et ça a fonctionné. Mais mon sentiment, c’est qu’ils ne sont pas intervenus pour me ramener en Italie aussi vite que possible. Je dis que c’est un sentiment, car quand j’étais en prison, je ne savais pas ce qu’il se passait. Je n’avais que les informations de la télé hongroise et je n’ai reçu aucune information sur les débats autour de mon affaire qui avaient lieu en Italie.
J’avais peur que le fait d’être candidate aux élections européennes mette en colère les autorités hongroises.
Alors que vous étiez en détention, ce sont les représentants de la « Gauche italienne » qui ont choisi votre nom pour figurer sur les listes européennes, en accord avec votre père. Était-ce attendu pour vous ? Comment avez-vous accueilli cette nouvelle ?
Oui,
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