« Écologie populaire » : le dernier coup de com’ de la Macronie
Agnès Pannier-Runacher emprunte une expression du bréviaire de gauche pour en faire un coup de communication. Un élément de langage snobé par Matignon et totalement vidé de son sens politique.

© Guillaume Deleurence
Encore un tour de magie macroniste. À entendre les soutiens du camp présidentiel et de ce gouvernement à la majorité parlementaire très précaire, il faudrait désormais croire qu’ils seraient les premiers défenseurs d’une « écologie populaire ». Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition écologique du gouvernement de Michel Barnier, a semblé n’avoir que ce concept à la bouche depuis qu’elle a pris son poste à l’hôtel de Roquelaure, dans le 7e arrondissement de Paris.
L’écologie doit être populaire, c’est ma ligne. Elle ne doit être ni trop normative, ni trop punitive
A. Pannier-RunacherLe 23 septembre lors de son discours de la passation de pouvoir, la ministre, qui s’autorevendique de gauche dans ce gouvernement de droite et de droite extrême, affiche son ambition : se lancer dans cette écologie dite populaire « où chacun y trouve son compte et son intérêt, et qui ne soit pas perçue comme une longue litanie de normes punitives ou restrictives de liberté ».
« Une écologie qui ne soit pas, comme l’affirme le discours de l’extrême droite, le monopole des élites déconnectées, mondialisées et, surtout, qui en ont les moyens. Bref, il ne faut pas laisser croire que l’écologie est un sujet de riches », estime Pannier-Runacher qui cite notamment la facilitation de l’accès à des véhicules « plus propres » afin de « réduire la pollution de l’air, la pollution sonore, la facture de carburants » ou la rénovation des logements pour « lutter contre l’habitat indigne et la précarité énergétique ».
Le lendemain sur France bleu Nord, la ministre enchaîne. « Mon objectif, c’est que la transition écologique soit mise à la portée du portefeuille de chacun, que lorsqu’on fait des efforts, il faut être rémunérés, que chacun puisse bénéficier d’un air, d’une eau, d’une alimentation de meilleure qualité, annonce Agnès Pannier-Runacher. L’écologie doit être populaire, c’est ma ligne. Elle ne doit être ni trop normative, ni trop punitive. »
Petits pasDans l’entourage de la ministre, on explique que « bien souvent, on a l’impression qu’il faut opposer fin du monde et fin du mois, que l’écologie, c’est surtout l’affaire de ceux qui en ont les moyens. Notre enjeu, c’est que les bonnes solutions pour la planète soient accessibles au plus grand nombre ». Sur la table de Pannier-Runacher, trois dossiers importants : la question de l’accessibilité des véhicules électriques puisque la vente des véhicules thermiques neufs sera interdite après 2035, la préservation du Fonds vert, et la lutte contre la précarité énergétique et les passoires thermiques.
Au premier abord, ces nouvelles annonces semblent ambitieuses. Encore faut-il rapidement se rappeler que la ligne macroniste, en matière d’écologie, préfère plutôt les « petits pas » aux grandes lois et aux décisions efficaces sur le long terme. « Devoir ajouter un qualificatif pour décrire l’écologie dit beaucoup sur les gens qui le font : l’écologie, c’est la justice sociale et environnementale, pas l’un ou l’autre, dans une seule et même dynamique », lâche Sandra Regol, députée écolo du Bas-Rhin.
Quand on est pour l’écologie populaire, on est pour la contribution de ceux qui polluent le plus, on est pour des politiques ambitieuses.
L. Balage El MarikyEmmanuel Macron n’a eu de cesse de changer ses mots pour parler de sa politique verte : en 2023, il évoque une « écologie à la française », un an après avoir parlé de « sobriété » et de « planification ». Le 1er octobre lors de son discours de politique générale devant l’Assemblée, Michel
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