La solidarité citoyenne en soutien aux Sahraoui·es

Depuis cinquante ans, diverses associations et des initiatives ont été lancées pour faire connaître une cause sahraouie en permanence menacée d’oubli, et aider les populations à survivre dans les campements.

Patrick Piro  • 27 février 2025 abonné·es
La solidarité citoyenne en soutien aux Sahraoui·es
Leïla Bounebache, de l'antenne Val-de-Marne de l'Association des amis de la République arabe sahraouie démocratique (AARASD), expose à Khira Boulahi, gouverneure du campement d’Aousserd, le projet de « Marche pour la liberté » qui mènera Claude Mangin depuis Ivry, le 30 mars, jusqu’à la prison de Kenitra, au Maroc, pour réclamer la libération des prisonniers politiques sahraouis au Maroc, ainsi qu'un droit de visite à son mari Naâma Asfari, l'un d'entre eux.
© Patrick Piro

Un jour de 1976, Régine Villemont débarque à Paris avec sa camionnette remplie de vêtements collectés dans sa Sarthe. C’est pour l’Association des amis de la République arabe sahraouie démocratique (AARASD), qui vient d’être créée à la suite de la Marche verte, initiative lancée en novembre 1975 par le roi marocain Hassan II : 350 000 volontaires civils marocains partis occuper le Sahara occidental, alors que l’Espagne vient de renoncer à son protectorat sur le territoire.

Cette solidarité précoce est une spécificité française.

R. Villemont

« Vu de France, on a pu croire un temps à une opération de décolonisation », se remémore Régine Villemont. Quand il apparaît que le peuple sahraoui a été spolié, l’AARASD prend de l’importance, et plusieurs comités de soutien voient le jour en France. En mai 1980, en dépit des complications administratives, l’association parvient à faire venir 120 enfants sahraouis en France, répartis dans différentes villes, notamment socialistes et communistes.

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Au Mans, sous l’impulsion de Régine Villemont, plusieurs comités d’entreprise appuient l’opération, et la ville sera la première à nouer un jumelage, avec le quartier de Hausa à Smara, le plus important des campements de réfugié·es sahraoui·es installés autour de Tindouf, en Algérie. « Cette solidarité précoce est une spécificité française », souligne la militante et actuelle présidente de l’AARASD. La société espagnole, encore engluée dans le post-franquisme, n’y prendra sa part que plus tard, pour devenir le principal pôle de soutien à la population de son ancienne colonie.

Soutien citoyen, indifférence des élu·es

Les jumelages se multiplient. À partir de 1987, les invitations estivales d’enfants sahraouis prennent une importance croissante. La France accueillera jusqu’à plus de 200 jeunes chaque année, et les communautés espagnoles… jusqu’à 5 000. L’Italie, épargnée par les conflits d’intérêt avec le Maroc, reçoit quelque 500 enfants par an. Cet accueil est devenu en quelques années le marqueur de la solidarité européenne avec les Sahraou·ies.

« Sous l’ère Mitterrand, des soutiens politiques, à gauche, donneront une certaine visibilité au Front Polisario en France. Les voix dominantes avaient alors tendance à minorer l’accueil des enfants, au profit de conférences plus politisées, estime Régine Villemont, mémoire de cette aventure. Cependant, ce sont ces opérations locales récurrentes qui ont permis d’ancrer une solidarité durable avec les Sahraouis, avec l’aide du monde catholique et laïc. »

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Quand le cessez-le-feu est signé sur le terrain, en 1991, l’AARASD envoie un courrier aux maires de toutes les villes de plus de 5 000 habitant·es en France, pour tenter de décrocher le soutien d’élu·es au plan de paix et au référendum d’autodétermination du Sahara occidental poussé par l’ONU. « Nous n’avons reçu que trois réponses… », déplore la militante. Et en dépit du regain d’attention suscité par l’intérêt de Danielle Mitterrand pour la cause sahraouie.

Condamné à 30 ans de prison pour activisme

Alors que le conflit sombre dans l’oubli, situation bloquée, les comités de soutien disparaissent peu à peu, tout comme les jumelages avec des localités des campements sahraouis. Ne subsistent que ceux établis par Le Mans (Sarthe), Gonfreville-l’Orcher (Seine-Maritime) ainsi qu’Ivry (Val-de-Marne), très récemment jumelée (en 2023) avec le quartier de Mijek dans le campement d’Aousserd (photo ci-dessous.)

Réception d’une mission de solidarité française par le quartier de Mijek (campement d’Aousserd), jumelé avec la ville d’Ivry (Val-de-Marne). (Photo : Patrick Piro.)

Dans cette ville réside une très active antenne de l’AARASD, notamment sous l’impulsion de Claude Mangin, dont le mari, Naâma Asfari, arrêté en 2010, a été condamné en 2013 à 30 ans de prison au Maroc en raison de son activisme en faveur de la libération du Sahara occidental.

Avec l’appui de l’AARASD, Claude Mangin se lancera le 30 mars dans une « Marche pour la liberté » depuis Ivry jusqu’à la prison de Kenitra, au Maroc, où est incarcéré son mari, qu’elle n’a plus le droit de visiter en dépit de décisions de l’ONU, qui condamnent également la détention arbitraire d’une quarantaine de prisonniers sahraouis. La militante a parfaitement conscience qu’elle risque de se faire expulser à peine débarquée du ferry Algésiras-Tanger.

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