8 mars : une journée des droits pour toutes, partout
La journaliste et documentariste Nesrine Slaoui prône un féminisme internationaliste, c’est-à-dire aussi décentré d’un regard occidental choisissant ses luttes en fonction d’intérêts géopolitiques.
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© Lily Chavance
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, les événements publics, les manifestations vont se multiplier. Et tant mieux ! Derrière les « bonne journée de la femme ! » que chacune d’entre nous recevra avec un clin d’œil de la part d’un voisin ou d’un inconnu – comme un rappel inutile de notre pseudo-uniformité et de l’importance de nous célébrer une fois dans l’année, tout de même, pour les services rendus – se cache un combat pour des droits sociaux, économiques et humains sans cesse menacés. Des droits acquis ou à conquérir traversés par des inégalités d’accès liées à nos conditions sociales et de santé, ainsi, pour ne pas dire surtout, qu’à notre appartenance raciale supposée.
L’officialisation de la journée du 8 mars comme celle de nos droits a été entérinée par les Nations unies en 1977 en choisissant de se référer, dans l’histoire, aux origines des luttes ouvrières et des manifestations de femmes au tournant du XXe siècle en Amérique du Nord et en Europe. C’est donc un concept occidental : dans l’esprit commun, une journée internationale surtout de la femme blanche ; femme blanche à laquelle toutes les autres féministes du monde entier devraient se référer comme symbole ultime des combats universalistes à mener pour nos libérations collectives du patriarcat. Un patriarcat jugé avec plus ou moins de sévérité selon qu’il exerce son autorité en Occident ou au Moyen-Orient, au Nord ou au Sud, chez les Arabes ou chez les Blancs.
Je soutiendrai pleinement les unes et les autres, partout, sans instrumentaliser des conditions dramatiques pour dire à d’autres femmes comment elles devraient lutter.
Ce jour-là comme tous les autres, moi aussi je m’indignerai du violent apartheid de genre en Afghanistan qui interdit aux femmes presque tout, même de parler en public. Je me tiendrai aussi aux côtés des Iraniennes qui luttent contre l’obligation de porter le voile intégral en risquant la mort ou la prison. Je penserai aux Palestiniennes, aux Congolaises, aux Soudanaises, aux Ouïgoures.
Je soutiendrai pleinement les unes et les autres, partout, sans instrumentaliser des conditions dramatiques pour dire à d’autres femmes comment elles devraient lutter et ce qu’elles devraient
ou non porter. Mon soutien ne dépend pas d’enjeux géopolitiques. Ce ne sont pas elles et nous, elles contre nous ; nos conditions ne fonctionnent pas par soustraction. Comme le disait l’une des pionnières de l’afroféminisme, Audre Lorde : « Je ne suis pas libre tant que toutes les femmes ne sont pas libres, même si leurs chaînes sont très différentes des miennes. »
Ce jour-là, moi aussi, je m’alarmerai du net recul du droit à l’avortement, partout, et de la menace fasciste qui risque de marquer la fin de droits sociaux et économiques fondamentaux, notamment pour les minorités ethniques et de genre. Je me souviendrais que l’un des géants du nouveau monde numérique, Mark Zuckerberg, a parlé – comme un influenceur fitness tendance masculiniste – d’énergie masculine pour sauver l’humanité.
Le droit d’être aimée, c’est-à-dire d’être valorisée, respectée, traitée avec soin et empathie.
Et puis je penserai à ce que l’on a tendance à oublier lorsque l’on parle de nos droits : la violence dans nos vies intimes, notamment en tant que femmes hétérosexuelles. Les féminicides, les violences conjugales, celles qui sont indicibles et se cachent derrière du mépris ou des manipulations émotionnelles. Ce droit à la sécurité physique et affective qu’il nous faut aussi revendiquer. Un droit au respect et à la dignité dont on parle peu. J’ose même l’écrire : un droit à l’amour. Le droit d’être aimée, c’est-à-dire d’être valorisée, respectée, traitée avec soin et empathie comme des êtres humains à part entière. Surtout les femmes racisées, à l’intersection de plusieurs dynamiques oppressives qui nous exposent tant à la haine.
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