En finir avec l’économie de la guerre !
Construire la paix aujourd’hui exige d’abord de barrer la route aux populismes autoritaires, qu’ils s’incarnent dans le trumpisme ou dans les diverses extrêmes droites européennes.
dans l’hebdo N° 1856 Acheter ce numéro

Nous ne sommes pas en économie de guerre. Comme l’a rappelé Dominique Plihon, celle-ci est « la subordination de l’appareil productif à l’effort militaire. […] L’économie devient administrée. C’est la fin de la liberté de circulation des capitaux, le rationnement de certains produits, une fixation autoritaire des prix sur les produits de base. » La guerre sert de prétexte pour accélérer les réformes libérales et démanteler les acquis sociaux, sous couvert d’urgence nationale.
Loin de protéger nos industries stratégiques, l’Europe continue de privilégier les intérêts privés au détriment de la souveraineté économique. Le paradoxe est terrible. Alors que nous prétendons sanctionner la Russie, nous en importons toujours des hydrocarbures par des circuits détournés. Pire, les demandes américaines d’augmentation des budgets militaires en Europe ressemblent davantage à une pression pour acheter de l’armement états-unien qu’à une réelle stratégie de défense commune. Donald Trump a même déclaré une guerre économique ouverte à l’Europe, allant jusqu’à menacer d’occuper militairement le Groenland, rattaché aujourd’hui au Danemark.
La paix est toujours une construction politique. C’est une erreur de penser qu’elle est la conséquence d’une situation économique.
Si vis pacem, para bellum (« Si tu veux la paix, prépare la guerre ») est un sophisme dangereux. Cet adage latin est un paralogisme en réalité. Napoléon avait ironisé en révélant l’absurdité de sa réciproque : Si vis bellum, para pacem (« Si tu veux la guerre, prépare la paix »). Il serait plus juste d’énoncer : Si non vis bellum, para pacem (« Si tu ne veux pas la guerre, prépare la paix »). La paix est toujours une construction politique. C’est une erreur de penser qu’elle est la conséquence d’une situation économique.
Keynes, dans son livre visionnaire, en 1919, Les Conséquences économiques de la paix, avait parfaitement analysé les dangers du traité de Versailles. En imposant à l’Allemagne des réparations excessives et humiliantes, les vainqueurs de 1918 ont semé les graines du revanchisme et préparé l’avènement des régimes autoritaires. Cette leçon de l’histoire devrait nous inspirer, alors que l’Europe, née pour mettre fin aux guerres continentales, voit ressurgir le spectre des conflits armés.
La dérive oligarchique représente la plus grave menace pour nos démocraties.
Construire la paix aujourd’hui exige d’abord de barrer la route aux populismes autoritaires, qu’ils s’incarnent dans le trumpisme ou dans les diverses extrêmes droites européennes. Le néolibéralisme a sapé les fondements sociaux qui avaient permis, pendant les Trente Glorieuses, non seulement la reconstruction économique de l’Europe, mais aussi la consolidation démocratique des anciennes dictatures du Sud (Espagne, Portugal, Grèce). Le compromis fordiste d’une hausse régulière des salaires en échange d’une amélioration de la productivité du travail a permis d’augmenter le pouvoir d’achat des salariés, de maintenir la profitabilité des entreprises et de renforcer la démocratie européenne.
Le tournant néolibéral des années 1980 a rompu cet équilibre fragile. La ploutocratie est aujourd’hui le principal risque de nos sociétés. Cette dérive oligarchique représente la plus grave menace pour nos démocraties. Comme le prophétisait Jean Jaurès, « le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage ». Il en est de même à l’heure où le capitalisme financiarisé montre son incapacité à répondre aux défis de notre temps et où l’abandon des transitions écologiques met en danger la stabilité à long terme de nos sociétés.
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