Au Mirail, à Toulouse, l’unité antifasciste est un village

Ce vendredi 4 avril, soixante organisations politiques, syndicales et associatives organisaient un grand rassemblement contre l’extrême droite à l’université Toulouse – Jean Jaurès. Reportage.

Xu Wanling  et  François Rulier  • 5 avril 2025 abonné·es
Au Mirail, à Toulouse, l’unité antifasciste est un village
© Xu Wanling

Malgré les vents mauvais qui soufflent partout dans le monde, amenant l’extrême droite au pouvoir sur tous les continents, et malgré les bourrasques qui faisaient virevolter tonnelles et tracts, la journée unitaire du 4 avril à l’université du Mirail, à Toulouse, a remporté un succès certain. Initié par les organisations politiques de jeunesse, qui se réunissent régulièrement depuis les événements du 7-Octobre, le front unitaire a su embarquer syndicats, partis politiques, associations de quartier et librairies, au service d’une journée festive et réflexive.

La communauté universitaire n’est plus à l’abri.

La nécessité d’une action sur le campus semblait d’autant plus nécessaire pour les organisatrices et organisateurs, après les attaques récentes de l’extrême droite au cœur même des universités : à Reims, Nancy, Metz ou Albi, des militants de gauche ont été victimes d’agressions, tandis que l’UNI, syndicat de droite dure, a remporté un siège aux élections des conseils centraux de l’université toulousaine. « La communauté universitaire n’est plus à l’abri », reconnaissait un professeur syndiqué.

L’unité était également géographique : combats nationaux, internationaux mais également locaux ont eu voix au chapitre. Ainsi, le Comité vérité et justice pour Bilal a-t-il pu appeler à une manifestation ce samedi 5 avril, pour réclamer toute la vérité sur les circonstances de la mort de Thibault Bilal Weniger, père de famille de 34 ans décédé au cours d’une intervention policière près du marché de Bagatelle, non loin du campus, le 24 janvier 2025.

Le Secours rouge, organisation anticapitaliste œuvrant notamment en faveur de leurs camarades emprisonnés, rappelait, quant à lui, la situation du militant antifasciste albanais Rexhino Abazaj, dit « Gino », placé en liberté sous contrôle judiciaire tandis que la Hongrie demande son extradition.

Sur le même sujet : Gino, menacé d’extradition vers la Hongrie : « Même si je gagne ma liberté, il faudra continuer la lutte »

Au cœur de la journée, un cycle de conférences a accueilli des syndicats, le Planning familial, ou encore nombre de chercheuses et chercheurs, pour mieux penser la résistance à l’extrême droite sous toutes ses formes. L’amphithéâtre a fait salle comble pour les interventions d’Elsa Marcel, avocate et militante à Révolution permanente, Eugénie Mérieau, constitutionnaliste, politologue et maître de conférences à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et enfin Raphaël Arnault, député France insoumise et militant antifasciste lyonnais.

La démonstration que l’unité est possible malgré des différences de positions stratégiques ou de fond, qui peuvent s’exprimer sans anathèmes et avec bienveillance. D’autant plus que le rejet de l’héritage hollandiste continue de fédérer largement.

Combat et fête

À la satisfaction du député suite à la condamnation de Marine Le Pen, les juristes répondaient ainsi par la crainte d’une judiciarisation de la vie politique, qui participerait de sa dépolitisation, et rappelaient que les premières victimes de l’exécution provisoire sont les classes populaires. En revanche, lorsqu’Elsa Marcel propose le concept de « terrorisme électoral » pour désigner le sempiternel appel au barrage républicain contre l’extrême droite, le député réagit par le rire en reconnaissant que si l’on admet l’existence d’un tel « terrorisme électoral », alors il l’a lui aussi pratiqué et invite à étudier les situations au cas par cas.

Sur le même sujet : Raphaël Arnault : « Être antifasciste, c’est avoir l’unité de la gauche aux tripes »

L’événement est parvenu à réunir au-delà du seul monde étudiant, notamment grâce aux canaux syndicaux et associatifs : des militants CGT pouvaient ainsi participer au service d’ordre alors que des travailleurs de la Médiathèque venaient profiter du village, au milieu des organisations de jeunesse. Tandis que le soleil désertait les lieux, la journée contre l’extrême droite devint soirée, rythmée de concerts et de discussions posées dans l’herbe, le vent se reposant enfin. Si l’unité est un combat, elle peut aussi être une fête : le Mirail vient de le prouver.

Recevez Politis chez vous chaque semaine !
Abonnez-vous