Stand Up for Science : face à la menace Trump, des scientifiques américains sortent du silence
Le collectif Stand Up for Science a prévu une journée de mobilisation nationale le 3 avril, partout en France. En marge de ce mouvement, deux scientifiques américains dénoncent l’offensive de l’administration Trump contre les sciences.

© ROMAIN PERROCHEAU / AFP
« Un seul mot : la peur. » Nicolas Flagey est astrophysicien au Space Telescope Science Institute à Baltimore et constate avec stupéfaction l’ampleur de l’attaque de l’administration Trump envers les institutions scientifiques américaines. Le chercheur français a accepté de témoigner lors d’une conférence en ligne organisée par le collectif Stand Up for Science ce 2 avril, en précisant qu’il parle en son nom et que cela ne reflète pas les positions de son employeur.
« Tout se passe si vite, s’inquiète Karl Jacoby, historien à l’université Columbia. Cela ne fait que quelques mois que Trump est au pouvoir, et l’ampleur de ce qui se passe est sidérante. » Le spécialiste américain d’histoire amérindienne et environnementale a également consenti à prendre la parole en son propre nom.
Des attaques inédites aux États-Unis
Pour rappel, le vice-président américain J.D. Vance avait déclaré vouloir « agressivement attaquer les universités », dans un discours donné en 2021. Une fois en place, l’administration Trump a enchaîné les mesures : des coupes budgétaires inédites, des licenciements à la pelle, une liste de mots à bannir de tous documents officiels comme « femme » ou « genre », la suppression des comités équité, inclusion et diversité des organismes publics, etc.
Il n’y a rien de rationnel dans ce qui est en train de se passer.
N. Flagey
L’administration Trump s’attaque aussi aux finances des universités pour les faire plier à sa vision politique. Le 7 mars dernier, elle a ainsi annoncé la suppression immédiate de 400 millions de dollars d’aides fédérales à l’université Columbia, où de nombreuses manifestations pro palestiniennes ont eu lieu, l’accusant d’inaction face à « des actes antisémites ».
Selon Karl Jacoby, ces pertes de financement touchent tous les départements de l’université, y compris le département de médecine, et auraient donc un impact sur les recherches sur le cancer, par exemple. « Si tu coupes des programmes qui sauvent des vies, c’est juste de la folie. Je pense qu’il n’a jamais été question d’antisémitisme, mais bien de contrôle politique », conclut l’historien. « Il n’y a rien de rationnel dans ce qui est en train de se passer », assène Nicolas Flagey.
Avec d’autres collègues de Columbia, Karl Jacoby a cosigné une lettre ouverte dénonçant la soumission de l’université aux exigences du gouvernement fédéral pour rétablir les 400 millions de dollars de financements suspendus. Il est également impliqué dans une action en justice contre cette suspension. Par ailleurs, le chercheur américain a insisté sur l’importance des syndicats pour contrer ce type d’offensive.
« Il n’y a pas qu’aux États-Unis que les savoirs sont attaqués »
Les attaques inédites de l’administration Trump contre les universités américaines réveillent les craintes de la communauté académique européenne. Le mouvement Stand Up for Science s’est d’abord constitué aux États-Unis, avant que des membres de la communauté scientifique l’importent en France. « Il n’y a pas qu’aux USA que les savoirs sont attaqués. De nombreux pays font face à des offensives obscurantistes, comme la Turquie et l’Argentine. En Europe et en France aussi », peut-on lire sur le site du collectif.
Après une journée de mobilisation internationale le 7 mars, de nouvelles manifestations ont lieu ce 3 avril en France, avec notamment des marches dans la plupart des villes universitaires. Par ailleurs, une tribune signée par plus de 2 000 chercheurs a été publiée sur Libération le 20 mars 2025. Aux États-Unis, des actions ont lieu les 5 et 8 avril.
Certains estiment les ambitions des contestations insuffisantes et les revendications incomplètes. « Il me semble que Stand Up For Science oublie encore que l’université et la recherche, ce ne sont pas que des scientifiques, mais aussi tout un ensemble de personnels généralement sous-payés et méprisés », regrette Igor Babou. Le chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’université Paris Cité, s’est montré critique du mouvement Stand Up for Science français dès sa première itération en mars.
« Comment ne pas être d’accord avec la conclusion de la tribune, qui appelle à d’amples financements, à renouveler l’ancrage territorial des universités, et à les repenser à l’aune de la crise écologique. Or, on sait bien que jamais l’État, et surtout pas un Etat dirigé par des libéraux, n’ira dans ce sens, souffle Igor Babou. Enfin, je suis bien d’accord avec l’idée qu’il faut absolument aider les collègues étasuniens et argentins. Mais pas un mot – pas plus que dans la presse d’ailleurs – du bombardement systématique des lieux de savoir à Gaza : toutes les universités, bibliothèques, musées, lieux patrimoniaux, écoles, lycées, etc., ont pourtant été détruits. »
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